Dette souveraine, le retour du retour, épisode 20 344

L’actualité dans les pays du Maghreb a détourné un temps les yeux de la presse de la situation catastrophique de la zone euro, mais aussi, plus largement, de la planète. La crise de la dette souveraine n’est pas close en Europe et il n’est pas idiot de penser qu’elle va s’étendre aux Etats-Unis dans un avenir proche. Ajoutons à cela que les deux continents sont en train de suivre de voies diamétralement opposées, ce qui ne devrait pas ajouter de la stabilité à l’ensemble. Les Etats-Unis font marcher la planche à billets à tout va tandis que les pays européens s’enfoncent dans une politique d’austérité drastique. Il faut être occidental pour être ainsi hermétique au bon sens de Lao Tseu qui prône la recherche du « juste milieu » en tout.

En Europe, la tension reste vive. Et ce en dépit des efforts désespérés des autorités variées pour ralentir le rythme effréné de la locomotive qui va… Dans le mur. La Banque centrale est toujours très active sur les marchés pour racheter de la dette des pays en difficulté, histoire de tenter de faire croire que cette dette vaut quelque chose. Dans le même temps, Bruxelles a trouvé un accord pour élargir la capacité réelle d’endettement du mécanisme européen de stabilité. Celle-ci passe à 500 milliards d’euros. Le MES remplacera le Fonds européen de stabilité financière (FESF) qui devrait disparaître en 2013. Pour maintenir une note triple A de ses emprunts, le FESF ne peut dépasser 250 milliards d’euros de d’emprunts. Les dirigeants bruxellois ont laissé entendre que ce n’était pas fini. D’autres aménagements pour le MES et le FESF pourraient intervenir fin mars. Si avec ça les marchés ne sont pas rassurés…

Et bien non, ils ne le sont pas. En dépit des milliards injectés, la Grèce continue de faire parler d’elle. L’économie s’est contractée pour le dixième trimestre consécutif. Le taux à 10 ans de ce pays atteint 11,75%. En Irlande, pays soutenu également, pour éviter qu’il ne fasse défaut, le taux à 10 ans est au plus haut depuis 1999 (introduction de l’euro) à 9,26%.

Aux Etats-Unis, où plusieurs Etats sont au bord de la faillite, la dette est vendue par les gros investisseurs habituels comme la Chine ou la Russie. Le niveau de la dette atteint des proportions inquiétantes et les investisseurs attendent un rendement élevé, ce qui amorce le cercle vicieux. Pour ceux qui ne sont familiers avec les concepts économiques, la hausse des taux est synonyme de ralentissement économique. Or, que ce soit aux Etat-Unis ou en Europe, les gouvernements tablent sur une reprise pour établir leurs budgets… Le réveil risque d’être douloureux.

En France, les banques annoncent leurs résultats. Il y a un point intéressant à noter. La Société Générale proclame toute fière une multiplication par six de son bénéfice net à 3,917 milliards d’euros pour 2010. Dans le même temps, l’économie française a progressé de 1,5%. Il y a là comme un décalage qui en dit long. Si l’on était mauvaise langue, on dirait que l’argent généré va plus facilement aux dividendes des actionnaires qu’au financement de l’économie réelle (comme on dit).

Et pendant les affaires, les affaires continuent, comme dirait l’ami Denis Robert.

Pendant que la Société Générale multipliait son bénéfice net par six, les pauvres devenaient plus pauvres. Beaucoup plus pauvres. Le patron de la Banque mondiale, Robert Zoellick, estime ainsi que depuis juin, la hausse des prix alimentaires a poussé 44 millions de personnes dans l’extrême pauvreté.

Les mauvaises perspectives à long terme décrites dans cet article ne doivent pas décourager le lecteur. Bien sûr il y a les pauvres qui deviennent plus pauvres, mais il y a aussi les autre. Pour eux, tout va bien, merci. L’inflation vous inquiète ? Pas de panique, l’or n’a pas encore (tout à fait) atteint son plus haut historique. Les cours des métaux précieux s’envolent. Et quand quelque chose monte, il y a des gens qui gagnent. Ouf, on a eu peur.

Pendant que les conditions d’une nouvelle crise grave se mettent en place, les commentateurs, souvent journalistes idolâtres des marchés financiers, s’extasient. Figurez-vous que les marchés actions vont bien. On grimpe, on grimpe.

Sauf qu’ils ne sont plus révélateurs de grand chose. D’une part, ce sont les marchés des changes qui attirent le plus, d’autre part, les machines ont pris la main sur les marchés, rendant toute analyse malaisée. Les volumes sur le NYSE sont d’ailleurs au plus bas, ce qui devrait (normalement) faire réfléchir lesdits idolâtres.

En attendant, on ne sait jamais, hein, les Etats-Unis renforcent discrètement, mais massivement leur présence aux alentours des pays qui bougent dans le Golfe. Ca ne sert à rien, mais ça fait tourner la machine (économique).

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

2 thoughts on “Dette souveraine, le retour du retour, épisode 20 344”

  1. Dans une économie mondiale dont la croissance est de 4 % par an en moyenne, et dans un pays comme la France où celle-ci n’est que d’1,5 %, une banque qui fait soudainement 25 % de bénéfices prend nécessairement des risques inconsidérés, à savoir que si tout va bien pour 2010, ça peut de nouveau repartir en vrille comme lors de la précédente crise financière, ou celle d’avant, ou celle d’avant encore. On n’a rien appris, donc.

    1. Anéfé©
      Le monde de la finance n’apprend jamais des crises précédentes. D’une part, il a une imagination débordante et sait à chaque fois inventer les conditions d’une nouvelle crise, d’autre part, quand on gagne même quand on perd (concept du risque systémique qui permet de décrocher une aide de l’Etat en cas de souci) on a pas trop tendance à être prudent…
      :)

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