Contre toute attente, le cours d’Orange reste stable

Le marché avait réagit violemment à l’annonce de la collaboration de Nokia avec le régime Irakien, qui portait sur la surveillance de la population et qui avait permis de cibler la répression durant la révolution verte. Or dans la journée de vendredi qui a suivi la révélation par Owni d’une affaire de corruption susceptible de violer la convention de Mérida, et d’amener Orange à répondre de ses actes devant la commission Européenne, le cours de bourse n’a pas varié d’un poil, et on a enregistré des volumes d’échanges qui ne sortent pas de l’ordinaire.

Tout se passe comme si le marché considérait Orange comme étant au dessus des lois. Il faut dire qu’il y a de quoi, et on peut comprendre le marché. En pratique, Orange écrit les lois et les applique avant même qu’elle ne soient votées. Pas très démocratique pour une entreprise détenue en partie et contrôlée en totalité par l’Etat.

Pour mémoire, Orange est dirigée par Stéphane Richard, grand ami de la Net Neutralité, ancien chef de cabinet de la ministre des finances, Christine Lagarde, qui a remplacé une Michèle Alliot-Marie encore ministre il y peu, dans un déplacement officiel à Tunis. Par ailleurs, l’ancienne ministre de la Culture et de la Communication, Christine Albanel, alias Madame Hadopi (le Ammar404 Français) est à la tête de la direction de la branche entertainment d’Orange.

Orange, même s’il n’en possède que 27%, est un peu le prolongement du gouvernement Français dans le numérique. C’est un peu Elf en 2.0. Surtout dans son rapport à l’Afrique.

L’apathie des marchés est d’autant plus étonnante que l’enquête d’Owni est menée par deux journalistes enquêteurs de talent, Olivier Tesquet, ‘pure player’ du journalisme, l’un des spécialistes “Wikileaks” maison, et Guillaume Dasquié, un ancien de Libé, spécialiste des affaires de corruption, en particulier dans cette zone du monde, et/ou quand cela touche à de grandes multinationales.

Ces deux gus dans leur garage (en l’occurrence une soucoupe), croient fermement que le journalisme est un contre pouvoir (et pas un pouvoir tout court) et s’en donnent les moyens. Un duo qui rassemble tout ce que le journalisme sait faire et peut potentiellement faire, avec les outils d’hier et d’aujourd’hui, lancé aux trousses d’une entreprise qui est la bête noire des anti hadopi, et qui a juré la mort de la Neutralité du Net.

Autant dire que tout ce que l’internet a de militant trouvera dans tout cela une raison ou une autre de se mobiliser. Il suffit d’une étincelle pour mettre le feu au poudres d’un conflit ouvert entre une entreprise et ses clients : et si les suicides n’étaient plus seulement un problème RH chez Orange ? Imaginez que le CRM s’y mette !?

FUD, les marchés n’aiment pas cela. Ca les rends nerveux.

Hasard du calendrier

Le même jour où émergeaient les premières révélations sur la corruption d’une dictature Africaine par Orange (et la France), Didier Lombard, sentant visiblement un autre scandale arriver, renonçait à un poste de conseiller payé un demi millions d’euro par an. Une pré-retraite dorée ?

Peu de chance pourtant que le départ de Didier Lombard, l’ex président d’Orange, grand ami de la neutralité du net lui aussi,  suffise à calmer la crise qui vient d’éclater, et qui ne devrait pas tarder à devenir une affaire d’Etat, une de plus.

Les rapports entre Orange et l’Etat Français sont tellement fusionnels que s’il était avéré que l’entreprise ait versé de l’argent au clan de Ben Ali, cela devrait avoir l’effet d’une bombe atomique. Une enquête que le parlement Européen devrait logiquement diligenter (violation d’une convention Européenne sur la corruption oblige), devrait, outre certifier que les documents révélés par Owni sont authentiques (ce qu’Orange ne nie pas), répondre à la question suivante : qu’a reçu Orange, ou l’Etat Français, ou les dirigeants de l’un ou de l’autre, en échange de cette commission ?

One more thing. Pendant ce temps, Facebook est évalué à 75 milliards de dollars sur le marché gris. Les grands changements auxquels nous assistons dans le monde ne passent donc clairement pas inaperçu aux yeux de tous les marchés.

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Auteur: Fabrice Epelboin

Ancien directeur de publication de ReadWriteWeb France, cofondateur de plein de trucs, e-guerillero fi Tounes, spécialiste intergalactique de l'infowar, réincaranation de Nostradamus tous les 26 du mois par temps agité à très agité.


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