Claim de tous les jours…

On n’est jamais à l’abri d’une surprise. Qui sait, je serai peut-être confronté à pire plus tard, mais là, je crois que je tiens une gagnante. Oups pardon, une ouineuze. Ne perdons pas de vue que dans la com’, même si quand on parle, on ne dit rien, il faut quand même utiliser des mots et ceux-ci doivent, de préférence être une sorte de franglais incompréhensible.

Bref.

On nous annonce une réunion avec la nouvelle responsable marketing de l’un des pôles de notre client vénéré.

Le client change de responsable tous les 6 mois, au gré des résultats.

Je vous vois venir, quand on parle chiffres, résultats, vous pensez données financières. Pas du tout, la pression sur les chefs marketing, chez le client, elle se fait sur le nombre de clics générés sur les sites et sur les mailing-lists.

Pour ceux qui ont une vague notion de ce que sont les statistiques sur Internet, c’est à mourir de rire (jaune). S’il n’y avait que ça, je lancerait quelques lignes de code du genre :

my $query = qq#GET http://$opts{« TargetHost »}:$opts{« TargetPort »} HTTP/1.0rnrn#;

for (my $i=1; $i

uprint « Pass $i »;
open (IN, « < ».$opts{« ProxyList »})

etc.

Au bout de quelques jours, la nouvelle cheffe serait bombardée Responsable Marketing Monde de sa boite.

Tout ça pour dire que sur Internet, personne ne sait que vous êtes un chien. En clair, le nombre de clics pour mesurer quoi que ce soit est ridicule. Quelques lignes de code peuvent générer des milliers de clics qui seront tous aussi faux que les CDs que l’on peut acheter dans le quartier chinois de Singapour (ou ce qu’il en reste) mais qui sembleront aussi vrais qu’une Rolex de Nicolas Sarkozy.

Mais revenons à notre réunion annoncée.

Nous voilà dans la pièce à attendre l’arrivée de la nouvelle incarnation du client. Débarque une sorte de chose ayant à peu près autant de tics nerveux que Nicolas Sarkozy (encore lui. Il faut que je vous dise, on a parié avec mon collègue Jekeule que je pourrais caser 7 fois Nicolas Sarkozy dans un seul post sans que cela semble étrange). Elle balance sa tête d’avant en arrière, de droite à gauche et de gauche à droite, histoire de faire voler les morceaux de paille qui lui servent de cheveux. Je sais, c’est méchant de dire ça, mais si elle ne les cramait pas en les teignant en une sorte de rouge ineffable, je n’aurais pas à le préciser.

Moi qui suis, extérieurement, particulièrement calme, et certains me le reprochent, je n’en crois pas mes yeux. Ses mains sont en mouvement perpétuel. Une sorte de frénésie nerveuse habite cette femme.

Elle part dans un long discours truffé de fautes de français sur l’importance du message que l’on « adresse aux audiences ». Si c’est mal écrit, le message ne passe pas. Un peu comme le sien donc.

L’explication par l’exemple a du bon, paraît-il.

Et tout d’un coup l’apothéose.

Elle a dû la peaufiner celle-là. Ou alors, elle l’a écrite sur son carnet lorsqu’elle suivait une formation de manager responsable de la gestion des petits pains dans un fast-food. Elle nous sort tout à trac mais néanmoins avec emphase : « excellence dans l’exécution… claim de tous les jours ».

Ben ouais.

Attendez, ne partez pas, je vais vous traduire :

Il faut, dans votre travail, poursuivre un but d’excellence et cela doit rester présent dans votre esprit tous les jours que le dieu du libéralisme et du marketing fait.

J’ouvre de grands yeux tout ronds. Et lentement, comme un ralenti dans Matrix, mon regard incrédule cherche celui de Jekeule. Je suis rassuré, il a le même que moi.

Le truc emmerdant, c’est que depuis deux semaines maintenant, on est quatre ou cinq dans l’agence à se répéter cette phrase en boucle à chaque fois que l’on se croise, avant d’éclater de rire. C’est épuisant et si la dame voulait bien nous donner le remède, ce serait sympa.

Bon, ok, j’ai perdu mon pari. Je n’ai cité Nicolas Sarkozy que 3 fois, mais c’est parce que ce n’est pas très facile à faire, même si Nicolas Sarkozy est omnipotent et omniprésent, ce qui devrait permettre de le mettre à toutes les sauces. Ceci dit, je suis sûr que je pourrai parler de Nicolas Sarkozy dans d’autres posts. Ne serait-ce qu’en évoquant ses Rolex, preuve irréfutable qu’il n’a pas raté sa vie. Sacré Séguéla. Et sacré Nicolas Sarkozy.

Bon allez hop, voilà… Jekeule, aboule les sous.

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).


16 thoughts on “Claim de tous les jours…”

  1. Pareil, je les supportais plus non plus, tout comme de vendre des conneries à des gens qui en n’ont pas besoin. C’est pour ça que je suis partie vers l’ESS. Ils ont aussi des agences de Pub, dans le genre de celle-ci: (rien à voir avec moi)
    http://www.terrenourriciere.org/rubrique22.html
    Mais il y a plein d’autres « styles », le concept de base restant le même: faire émerger une économie qui met l’homme au centre (plutôt que le profit). Pour cela qu’ils sont souvent organisés en SCOP (1homme = 1voix, pas d’actionnaires mais des réserves pour passer les moments durs, donc pas de sensibilité aux « crises ». Contrairement à ce que racontent les libéraux, ça marche. Le secteur n’est pas exempts d’imbéciles, mais ils font moins de dégâts – et globalement on se sent mieux quand on sait qu’on bosse utile. A savoir: actuellement, beaucoup de ponts se jettent entre les libristes et l’ESS. En fait, ils vont dans la même direction.
    Voir aussi les Coopératives d’activités dont la plus grosse est à Paris :
    http://www.coopaname.coop/UPLOAD/article/pages/100_article.php

  2. Un truc me turlupine, Kitetoa.
    Je comprends pourquoi tu vas faire le communicant dans une agence de Com, plutôt que comme journaliste.
    Enfin, je dis « communicant », je ne connais pas l’intitulé de ton travail.
    En revanche, moi, on m’a expliqué que pour faire un boulot, il fallait être motivé.
    On écrit donc des lettres de « motivation » (sic).
    On passe également des entretiens d’embauches.

    Comment as-tu fait pour être embauché ?
    Tu sembles avoir une certaine distance avec ce que tu fais, non ?

    1. Être embauché ça n’a rien à voir avec la motivation réelle, juste la capacité à pipoter une DRH.

      Ensuite c’est sur qu’une absence totale de motivation ça risque de se voir mais je connais des gens pour qui ça a pris des mois voir des années avant qu’un responsable ne s’aperçoive qu’il ne servaient (objectivement) à rien (car il ne produisaient plus ou juste le minimum pour qu’on ne les croient pas en vacances).

      Faut pas croire non plus que toutes les boites sont bien gérées (voir gérées tout cours).

    2. Il a juste réussi son plan de comm’ il a réussi à se vendre :p

      En fait c’est facile, il faut dire plein de truc qui paraissent savant parce que frangliser, d’un ton un peu dynamique, passer du coq à l’âne avec une certaine assurance, et balancer un « concept » (néologisme, mot pseudo savant ou autre) par morceaux de phrase. A tous les coups on gagne ^^

      La personne en face n’ayant pas le temps de tout assimiler va croire en votre discours. C’est de la prestidigitation.

      Bref la langue du communicant c’est un peu comme la peinture sur un mur en plâtre, ça fait beau et propre de l’extérieur, mais si tu gratte un peu tu te prends la maison sur le coin de la gueule

  3. Je découvre avec « amusement » ce billet, entre guillements car Madame semble en tenir une bonne couche.

    J’ai beau relire le billet, en effet @kitetoa parle de comm’, dans la comm’, mais point d’agence de communication, @Madouf tu as peut-être fait un léger raccourci :p

    Dernier point : bien joué pour le « Nicolas Sarkozy », next? ;)

    1. « en effet @kitetoa parle de comm’, dans la comm’, mais point d’agence de communication »
      >>

      Ouai, mais c’est pareil, parce que ca fait moins vecu…
      Autrement, ne travaillant pas dans le com, je pourrais aussi reproduire leur caricature.

  4. Dans le fond l’histoire elle même peut-être inventé mais les chargé de co dans une boite peuvent parfois être tellement drôle :x

    M’enfin perso je me pleins pas la notre est d’une efficacité redoutable pour nous faire rire. C’est un peu comme un antidépresseur.

    1. Je vous rassure, la saga « bienvenue dans la com » n’invente pas les événements rapportés. En revanche, ils peuvent être une synthèse de plusieurs choses venant de plusieurs entreprises/agences de com’

        1. Autre exemple, je ne travaille pas dans la finance, pourtant, je peux décortiquer toutes les informations financières actuelles et en faire ressortir une analyse pertinente. Pourquoi pas avec la com’ ?

          1. Je pense que le critère déterminant est la source de l’information.
            Si c’est du vécu, la source est claire…

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