C’est l’histoire de parlementaires, de sécurité numérique et d’une entreprise ou deux…

jeu_de_paume_bdChers représentants du peuple, je vous aime. Je vous aime pour votre vision, comme disent les Américains. Je vous aime pour votre capacité à vous occuper de nous avec tant d’abnégation. Je vous aime parce qu’avec vous, il ne peut y avoir de décision biaisée, de décision ridicule qui fasse dépenser des fortunes à la communauté nationale pour rien. Je vous aime parce que vous n’êtes ni naïfs, ni bêtes. Vous êtes la perspicacité personnifiée. Oh, bien sûr, pas tous, hein. Il y a bien des représentants qui se fourvoient, qui au nom de principes éculés, campent sur leurs positions d’anarcho-gauchistes. On les connaît. Non, vous, les autres, vous êtes la fierté de ce pays. Et toute la population est derrière vous, il n’y a qu’à regarder les sondages. L’un des journalistes de ce brûlot qu’est Reflets a attiré mon attention sur un débat que vous aurez demain et sur les pistes de réflexions que vous allez suivre et développer, à n’en pas douter. Je suis rassuré. L’avenir numérique du pays est en de bonnes mains.

Laissez-moi tout de même vous conter une petite histoire… Mais avant, relisez ce que vous avez produit avec une grande attention.

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« Développer des équipements français de détection d’attaques informatiques« . Voilà une une bonne idée. Notez que c’est déjà le cas. Il y a bien quelques petites PME qui s’en occupent. Il y a aussi des gens du monde libre qui ont fait de très belles choses et tentent d’en vivre, mais j’imagine que ça, c’est hors de votre périmètre d’investigation. Quoi que… Une visionnaire avait mis en avant devant vous l’excellent firewall OpenOffice, donc certains d’entre vous savent que le monde libre existe et qu’il produit de très bons firewalls. Mais revenons à nos moutons numériques de défense.

Mon histoire vise plutôt une PME française qui équipe justement, des ministères français. Le saviez-vous ? Si, si.. Oh, bien sûr, elle ne donne pas la liste de ses clients, mais je vous l’assure, le gouvernement français en fait partie. Comme bon nombre de banques françaises. Des trucs que l’on estime, dans vos cercles, être des machins souverains à défendre contre les méchants hackers chinois (ou russes, ça dépend des moments, selon ce que dit la presse) et les Anonymous (eux ils sont toujours dans le coup). Cette belle entreprise a donc une sorte d’équipement de défense contre les attaques informatiques qui vous font peur. Un truc malin, il faut en convenir. Elle se gargarise du fait qu’elle est française. FrenchTech, tout ça…

Des sous contre du code

Mais voilà, la vie est dure pour les petites PME qui souffrent de la puissance des concurrents américains. Alors comme ses dirigeants qui ont une vision, eux aussi (ils en parlent beaucoup), veulent surtout rester en vie dans ce monde concurrentiel très méchant, il a bien fallu, à un moment, trouver des sous. Et c’est là que ça devient rigolo. Pendant qu’ils vous passaient la main dans le dos, ainsi que dans le dos de l’ANSSI, les dirigeants en question se sont rapprochés d’une très grosse boite américaine, bien connue pour ses bonnes relations avec la fameuse NSA, celle qui a défrayé la chronique après les révélations d’Edward Snowden. Et voilà plus ou moins ce qui s’est passé : la grosse boite américaine voulait embarquer  le produit français dans l’un des siens. Mais elle posait une condition : un accès au code source du produit français. Je ne suis pas plus expert que vous, chers représentants, en cette matière, mais j’ai une vague idée de ce qui motivait cette demande…

Donc, pendant que toute l’entreprise se félicitait de protéger la France, les dirigeants vendaient un accès au code source de leur produit aux Américains, par ailleurs nos meilleurs alliés, qui nous espionnent, comme il se doit, avec une grande efficacité et sans que cela ne chagrine l’exécutif, pourtant directement ciblé, comme cela a été évoqué dans la presse. Mieux… Le directeur technique, tout content du deal passé avec la grosse boite américaine, s’était teint les cheveux aux couleurs du logo de ladite entreprise pour accueillir ses représentants. Content, content… le directeur technique. Le fait que cette grosse boite américaine ait aidé (contre sa volonté bien entendu) un pays fâché avec les Droits de l’Homme à arrêter des opposants politiques ne lui faisait ni chaud ni froid, au regard des pépètes sonnantes et trébuchantes qui allaient tomber dans l’escarcelle.

Le même directeur technique qui se rendait dans toutes les conférences de la communauté de la sécurité informatique française pour parler d’amélioration de la sécurité, cela va sans dire.

Chers représentants, ça, c’est pour les entreprises françaises qui vont vous aider – et je suis certain qu’elles vont se ruer vers vous pour vous dire qu’elles le feront, à sécuriser la France numérique. Peut être même les sites de l’Assemblée et du Sénat. Pourquoi pas, hein…?

Dual… Un, dos (tres), Maria, un pasito pa’lante, une pasito pa’ tras…

Maintenant allons voir du côté de celles qui vont vous aider à développer les machins « dual » (duaux?).

Je crois que sur ce point, je pourrais vous écrire plus ou moins cent pages d’un bouquin. Mais comme je n’ai pas le temps, ni l’envie de vous coller ici ce que j’ai déjà écrit de ces cent pages, je vais vous renvoyer vers ces deux dossiers plutôt assez complets : le dossier Amesys et le dossier Qosmos. Vous verrez, l’Etat ne vous a pas attendus pour investir des liquidités dans des entreprises de ce genre via la BPI, et l’on sait comment cela a fini. Ces entreprises sont actuellement l’objet d’une instruction pour complicité de torture (en Libye et Syrie). Tout est fait pour étouffer ces affaires depuis le début, mais il ne faut pas désespérer de la Justice. Notez le J majuscule. C’est important les majuscules. Parfois je mets une majuscule parfois non (à Démocratie ou à Président par exemple). Cela  dit beaucoup de ce que j’ai en tête en écrivant le mot.

Alors oui, vous allez pousser à plus de dépenses pour ces charmantes entreprises qui font du dual ou de l’offensif. Mais gardez tout de même en tête que sur Internet comme ailleurs, les armes que l’on vend ou que l’on développe, finissent toujours un jour ou l’autre par être utilisées contre nous ou contre des gens qui n’ont rien à voir avec la « guerre » engagée. Comme des opposants politiques dans une pays fâché avec les Droits de l’Homme.

 

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

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