Ce que nous dit l’humour noir des dirigeants américains

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Le monde ne va pas très bien. Les problèmes économiques, de guerre, les tragédies comme le naufrage de Lampedusa eclipsent assez logiquement deux événements qui se sont déroulés aux Etats-Unis ces derniers jours. Prenons tout de même le temps de nous y attarder. Non pas sur leur existence, mais sur ce qu’ils disent des protagonistes. Souvenez-vous… Ils scandaient « Hope« , « Yes he can« , ils attendaient une salutaire révolution de la pensée après les années noires de George Bush… Les Américains sont servis. Leur président a multiplié les attaques par drones à la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan, reléguant George Bush au rang d’amateur. Le nombre des victimes civiles, enfants compris, s’est envolé en conséquence. Nous n’aborderons pas le scandale de la NSA ni la prison de Guantanamo ou ses petites soeurs. Restons sur les drones.

Il y a quelques années, Barack Obama avait fait preuve d’une forme d’humour étonnante. Il avait expliqué que les Jonas Brothers, sorte de chanteurs, risquaient bien de se faire descendre par des drones Predator car les filles du président en étaient folles.

C’est drôle, non ? Les attaques de drones, c’est tellement sympa, que l’on peut même en faire de jolis graphiques. Mais vous allez voir, c’est tout de suite moins rigolo.

Deuxième événement du même tonneau, la plaisanterie à deux voix lors du « Security Summit 2013 », organisé par le Washington Post. Michael Hayden, ancien patron de la CIA et le représentant Mike Rogers ont parlé d’Edward Snowden. Le second a expliqué que Snowden sur la liste des prétendants au prix Nobel de la paix, ce n’était pas une bonne idée. Lui, il l’aurait vu sur un « autre type de liste« .  Comprenez une « kill list ». Ce à quoi l’ancien patron de la CIA a répondu : « je peux vous aider pour cela« .

Marrant non ?

Ces deux micro-événement en disent long sur ce que sont devenus ceux qui veulent nous gouverner. Des personnes exerçant de hautes responsabilités plaisantent avec leur pouvoir de faire tuer des gens. Avec des attaques par drones ou via des services spéciaux dont le mandat serait d’assassiner des gens partout dans le monde. Ce pouvoir est déjà contestable. Mais parvenir à en plaisanter alors que l’on parle de la mort réelle d’êtres humains, souvent des enfants, laisse perplexe.

Tuer à la demande leur semble tellement naturel, entré dans les moeurs, qu’ils en viennent à en plaisanter.

 

 

 

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

21 thoughts on “Ce que nous dit l’humour noir des dirigeants américains”

  1. Ben ouais. Renseignez-vous sur ce qui se dit, d’un ton badin, dans les cénacles qui font et défont la vie dans nos communes, nos départements, nos régions : c’est du même tonneau. Ils n’ont pas de drones ni de « services », c’est entendu. Mais ils (et elles) connaissent assurément les conséquences de chaque décision un peu lourde – chômage, misère, désespoir. Et ça rigole.

  2. « la mort d un homme est une tragedie, de milliers une statistique »
    J Staline
    Comme quoi c est pas neuf ce type de comportement. Je suis sur que Napoleon (pour rester en France) se moquait bien de savoir que sa decision (par ex de mettre sa famille sur differents trones en europe) allait causer la mort de dizaine de milliers de ses soldats (surtout en espagne)

  3. OK, c’est atroce de rigoler de ça. Je ne sais pas du tout ce qui lui ai passé par la tête, ou par la tête de ses conseillers…

    La consultation des graphiques sur The Long War Journal est très intéressante, on y voit il y a beaucoup d’utilisation de frappes aériennes autour de 2010 (c.f. http://imgur.com/0OBTY55 ), mais qu’elles semblent en effet avoir un impact moins horrible que d’autres façons de faire la guerre, car les morts civiles n’y sont pas corrélé du tout (c.f. http://imgur.com/p735U6r ).

    Est-ce que quelqu’un sait si « US airstrikes », ça comprend les drones ?

  4. Et dans le meme temps, un certain Justin Carter s’est retrouve en prison pour avoir plaisante sur l’idee de tuer des gamins dans une ecole. Il parait qu’il ne fallait pas prendre de risques.
    Conclusion, l’humour – surtout l’humour noir, mais ca pourrait s’etendre – n’est plus autorise qu’a une poignee d’individus.

  5. MAF mon frère !

    Voir la Survie de l’espèce présenté dans un autre article sur Reflets : un personnage qui ressemble à un croisement entre Hannibal Lecter et Jerôme Kerviel explique qu’ils font des paris à la machine à café pour savoir qui des parieurs boursiers qu’ils ont conseillé se cassera la binette … et de conclure MAF (Mort Aux Faibles) !!

  6. Mmmmmh, Obamas’joke… on sait s’amuser à la White House et environs proches.

    Tiens d’ailleurs, il devient quoi l’ancien locataire Mr Bush Jr ? il coule une retraite heureuse à l’ombre des derricks en fleurs, moyennant quelques conférences à 100.000 $ pièce comme notre ancien premier personnage ?

  7. Une petite interpretation sans doute tirée par les cheuveux mais loin de pas être plausible:

    On peut aussi voir ça comme une bonne stratégie de communication. A force d’en faire des blagues, ça donne un côté moins violent à la chose dans les média et la pilule pass mieux. Vu qu’ils peuvent plus controller l’info comme avant, ils tente de controller la manière dont le publique l’interprète.

  8. Les hauts responsables américains, beaucoup plus que leurs homologues européens, vivent, sentent et pensent à des niveaux inconcevables pour la plupart des êtres humains, de par la culture dans laquelle ils ont été élevés , leur milieu familial, et par leur fortune personnelle. Pour fonctionner à ces niveaux il faut être « godless ». Les seuls moments où ils sont capables d’un peu d’empathie et d’ouverture sont lorsque leurs proches sont directement concernés, comme Dick Cheney avec sa fille lesbienne. Alors quelques indigènes à la frontière du Pakistan…

  9. Ils font de l’humour avec leur quotidien, et oui leur quotidien c’est de tuer des gens et de surveiller des listes noires. Et après? Les gens du médical font de l’humour noir sur la mort en permanence. Ca ne veut pas dire qu’on oublie le sérieux de la chose, juste qu’on le dédramatise pour mieux l’appréhender.

    Alors le chef de la CIA qui réponds ça, ça me fait plutôt marrer. Il cherche pas à cacher ce qu’il fait et de toutes façons Snowden est déjà sur la kill list sans aucun doute. Ils sont dans des niveaux de réflexions et de responsabilités qu’on atteindra jamais.

    Quant à la comparaison avec Justin Carter c’est juste une blague qui tourne mal associée à une volonté d’exemple qui aboutit à l’erreur judiciaire. Aucun rapport.

    1. Déjà, le corps médical ne sort pas ses blagues cyniques devant la presse ou pendant un discours officiel. Je n’ose pas imaginer l’impact horrible qu’aurait une blague sur les cancéreux par exemple…

      Et la mort dans le milieu médical c’est ce qu’on essaye d’éviter justement. dans le milieu politique/militaire, c’est ce qu’on essaye de donner. Radicalement opposé.

      Le corps médical plaisante souvent dessus pour réussir à gérer cette situation d’échec car c’est malheureusement bien trop souvent inévitable. Là, on parle de décisions militaires ayant pour but de donner la mort arbitrairement !

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