Apple, la NSA, ta webcam, ton smartphone et le meilleur des mondes

Aldous-Huxley

S’il faut réfléchir autour du concept de vie privée, de liberté sur le net, de l’espionnage des jouets communicants par la NSA ou la DCRI, allons lire un auteur très visionnaire, peut-être plus visionnaire qu’Orwell. Car, enfin, si tout le monde parle de 1984 et de Big Brother, il ne faut pas oublier que le monde de Big Brother est une vision futuriste d’une dictature soviétique. Et nous sommes dans une dictature démocratie capitaliste. Ce court extrait du « Meilleur des mondes » (1931) est donc une parfaite illustration de ce qui survient aujourd’hui. Et pour ceux qui ne l’ont pas lu, lisez « Brave new world ».

Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif. Surtout pas de philosophie. Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser.

On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux. En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté.

Joyeux Noël, et bonne année.

P.S : pour le titre de cet article, l’auteur se dégage de toute responsabilité : il ne l’a pas choisi.

Twitter Facebook Google Plus email


26 thoughts on “Apple, la NSA, ta webcam, ton smartphone et le meilleur des mondes”

  1. « de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté. »

    Je dirais plutôt que c’est croire que la consommation/publicité apporte le bonheur.

  2. Je me permets d’y ajouter ma note, ou plutôt celle de Neil Postman, qui faisait la synthèse en 85 de nos deux dystopies préférées :

    What Orwell feared were those who would ban books. What Huxley feared was that there would be no reason to ban a book, for there would be no one who wanted to read one. Orwell feared those who would deprive us of information. Huxley feared those who would give us so much that we would be reduced to passivity and egoism. Orwell feared that the truth would be concealed from us. Huxley feared the truth would be drowned in a sea of irrelevance. Orwell feared we would become a captive culture. Huxley feared we would become a trivial culture, preoccupied with some equivalent of the feelies, the orgy porgy, and the centrifugal bumblepuppy. As Huxley remarked in Brave New World Revisited, the civil libertarians and rationalists who are ever on the alert to oppose tyranny “failed to take into account man’s almost infinite appetite for distractions.” In 1984, Huxley added, people are controlled by inflicting pain. In Brave New World, they are controlled by inflicting pleasure. In short, Orwell feared that what we hate will ruin us. Huxley feared that what we love will ruin us.”

  3. Je ne vois pas bien le rapport à la vie privée et aux controverses concernant l’espionnage.
    Par contre le passage est intéressant, même si je recommande à tous de lire le livre dans son intégralité tellement c’est interpellant. C’est aussi très choquant de se rappeler que l’auteur a écrit ça en 1931, ça fait peur pour la suite).

    Il faut pourtant prendre un peu de recul. Si l’espionnage, la violation de la vie privée et des droits de l’homme (entre autres choses) sont des fautes que l’ont peut imputer à nos gouvernements (qui veulent plus de pouvoirs) et aux grandes sociétés (qui veulent faire de l’argent via un nouveau modèle économique « c’est vous le produit »), l’abrutissement des populations est selon moi… la faute des populations, au moins en partie.
    Je vais choisir un exemple qui parlera à tous. Si on a une Nabilla a la TV, c’est parce que les gens la regardent. Les chaines de TV ne cherchent qu’à capter la plus grande audience possible, et donc à diffuser ce que la population souhaite regarder. Un programme abrutissant ne fait pas la poids face à un programme d’histoire qui fait plus d’audience.

    Ma conclusion serait que si notre monde est dirigé par la soif de pouvoir de nos dirigeants, il est aussi dirigé par l’argent. En ce qui concerne l’argent, il n’y a pas de complots élitistes : ce sont plein de rouages plus ou moins indépendants qui se tiennent pour former le monde de merde que nous connaissons. Et ces rouages se tiennent parce que les gens adorent ça.

    1. si les TV diffusent du Nabila, c’est un choix de leur part. Ils offrent des programmes merdiques à leurs auditeurs. Ils pourraient diffuser des trucs comme le fait Arte … Mais non… Pourquoi ? Pensez-vous que les telespectateurs feraient la révolution si toutes les chaînes diffusaient des choses comme celles qu’Arte diffuse ?

      1. Je suis tout à fais avec @kitetoa, je ne pense pas que le public est choisi Nabilla, ou même est exprimé l’envie de la voir.
        Je pense que les Médias ont une puissante de persuasion (publicité, matraquage dans les émissions et buzz contrôlés…) pour imposer une image et derrière installer la culture populaire qu’ils souhaitent.
        C’est dit dans l’extrait: « On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social ». ou encore: »On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique ». Je trouve que le terme de divertissement est pour une fois très bien choisi.

        @Plouf: « Je ne vois pas bien le rapport à la vie privée et aux controverses concernant l’espionnage. » Pcq l’espionnage de nos vies privés par des gouvernements et des entreprises privées leur donne toutes les billes pour nous manipuler et mettre en place l’ordre mondiale qu’ils souhaitent.

      2. Je rejoins le commentaire de Plouf : les citoyens ne sont pas obligés de regarder les médiocres programmes de la télévision.

        Personne n’est obligé de dévoiler sa vie privée sur des réseaux sociaux.

        Un peu de force d’âme, de caractère et de personnalité, voilà ce qui manque à nos concitoyens. La société nous endort petit à petit dans un rêve consumériste.

        Libre à nous de ne pas plonger dans l’esclavage.

    2. Petite analogie pour illustrer mon point de vue : le fastfood.

      Comme la TV poubelle, ça diffuse des petites gâteries à la place de ce que tu pensais y trouver initialement. Au lieu de t’y alimenter, tu y prends ton shoot de graisse/sucre et tu repars béat. Et surement tu reviendras, parce que c’était un moment agréable, et que ton corps saura s’en souvenir.

      Qui donc du « restaurateur » ou du client est responsable ?
      Pour moi c’est avant tout le « restaurateur » qui dès le départ trompe sur ses intentions (fidéliser avant d’alimenter) et qui est prêt à tout pour arriver à ses fins. Sachant qu’en plus nous sommes inégaux devant l’addiction, je ne peux que difficilement blâmer les clients pour leur manque de volonté.

      1. Tout à fait d’accord (avec 4 mois de retard^^) : si le public préfère Nabila à Arte c’est juste une question d’emballage. Et j’en profite pour rebondir sur la victoire annoncée avec trompettes et clairons de la TV sur la politique. Les journalistes se masturbent de joie en nous annonçant fièrement que ça y’est enfin les français ne s’intéressent plus à la politique. Et pourtant ce fut durant 2 siècles un sujet de passion chez les français comme nulle part ailleurs. Que c’est-il passé ? Et bien voyons comment est « emballée » la politique par nos médias (les plus moralistes compris, Médiapart…) : mépris, superficialité, dérision, les JT de 19 ou de 20h nous montre tous les soir ce qu’il y a de pire dans la politique comme si cela n’existait nulle part ailleurs. Au lieu de nous informer sur les contenus, les réalités, ils nous font ingurgiter de l’émotion (toujours négative) et du dénigrement. 2014, année d’élection : qui connait les programmes ? Personne, par contre tout le monde sait qu’un type salarié par l’Élysée se fait cirer les chaussures (comme les patrons des grandes boites privées auxquelles vous avez tous versé un peu, beaucoup d’argent…).

  4. Aucune fiction ne retranscrit parfaitement la realite. C’est le propre des fictions.

    Mais certains des elements de « 1984 » sont si conformes qu’ils font peur. (Novlangue, climat de guerre permanent avec un ennemi variable,…)
    Meme chose pour « le meilleur des mondes ». (comme le passage que vous venez de citer.)

    Mais la realite est pire car elle reprend des elements de chacun de ces mondes virtuels pour en creer un, reel celui-la, qui en reprend l’essence commune: une societe ou un petit nombre « d’elites » concentre presque tout le pouvoir decisionnaire et s’acharne a reduire l’information pertinente accessible au peuple. (Que ce soit par des methodes « 1984 » qui consistent a reduire l’information ou des methodes « meilleur des mondes » qui noient ce qui transpire malgre tout dans un flot d’inepties.) Le peuple, n’ayant plus la capacite de donner par lui-meme un sens au monde qui l’entoure n’aurait ainsi plus d’autre choix que de se tourner vers « ceux qui savent » (ou qui en ont l’air).

    Et il est si facile de se laisser conduire. « Ayez confiance, nous oeuvrons pour le Bien commun ».

    Ajoutez a cela l’idee qui se developpe qu’il faudrait presque avoir peur de la Verite, et chacun se satisfera de petites verites, contradictoires mais individuellement rassurantes.

  5. Je ne crois pas que la citation en tant que telle vienne du livre.. que l’on peut trouver ici :
    http://data.over-blog-kiwi.com/0/69/87/64/201308/ob_9f13e1_huxley-aldous-le-meilleur-des-mondes.pdf

    Par contre le texte cité vient d’un site http://sergecar.perso.neuf.fr/cours/sagesse_revolte.htm où l’on peut comprendre qu’il s’agit d’une interprétation de ce que le personnage du livre pourrait dire…

    Même si Huxley est indéniablement un visionnaire, il convient de bien le citer :)

    1. Raison, vous avez : je n’ai pas cité Huxley, mais sa photo avec son nom est quand même là. Quant à la citation, c’est effectivement une synthèse de ce que dit le personnage. Je vais d’ailleurs relire le « meilleur des mondes » de ce pas, parce que je l’ai lu il y a un peu plus de 25 ans, et que bien qu’il m’ait énormément marqué et influencé, j’ai besoin de replonger dans le texte. Merci à tous en tout cas pour tous ces commentaires fort intéressants au demeurant.

  6. En plus du « meilleur des mondes », il faut lire « retour au meilleur des mondes » une réflexion de l’auteur sur son roman et la société réelle.

    Certains disent qu’apparemment ce n’est pas une citation d’Huxley, mais pour avoir lu le livre je sais que ça y ressemble fortement. Si ce n’est pas Huxley c’est donc une synthèse pertinente.

    J’avais lu ça quand j’avais 16 ans et ça m’a bien fait flippé. Mais depuis j’ai mis un peu d’eau dans mon vin. Il y a plusieurs choses auxquelles j’ai réfléchi.
    D’abord, Huxley imagine une dystopie « finie ». Le monde est ainsi et reste ainsi, rien n’y changera. Or, c’est impossible. Il n’y a pas de fin, il n’y a que des cycles. C’est un besoin naturel chez l’homme de changer, et même si on conditionnait l’homme à ne plus changer, la nature s’en chargerait : un tremblement de terre, un ouragan… Des tas de sociétés ont été détruites par les cataclysmes naturels.
    Deuzio, il y a certaines choses pour lesquels il s’est planté. En particulier en ce qui concerne le sexe. Oh oui, je sais, le sexe fait vendre, c’est bien connu. Mais regardez le nombre de politiciens qui veulent bannir le porno et parfois y arrivent (En Australie, etc.). Notre époque est très puritaine, plus qu’il y a 40 ans.
    Dans le meilleur des mondes on conditionne les enfants aux jeux sexuels dès le plus jeune âge. J’imagine mal un truc pareil se produire à notre époque.
    Pareil pour les drogues (Huxley était d’ailleurs grand amateur de LSD). Oui, je sais, certains États ont légalisé la marijuana, mais il n’empêche le discours médical, les politiciens… On est encore loin d’encourager l’abrutissement des masses par les drogues. Par la télé par contre…
    Enfin, il vaut quand même relativiser, personne n’oblige à regarder la télé.

    Enfin, certaines prédictions se sont réalisés non pas parce qu’Huxley était un visionnaire mais tout simplement parce qu’elles ont toujours existé sous différentes formes.
    Une société divisées en castes, avec des uniformes ?
    C’est la France du XVIIè où les nobles sont richement vêtus tandis que les laquais s’habillent de bure brune. C’est la Chine des Qing où le jaune est reservé à la famille impériale.
    On peut remonter à Sparte avec sa politique eugéniste et son éducation guerrière. Sparte qui a d’ailleurs beaucoup inspiré un certain moustachu.

    Or, que constate-t-on ? On constate qu’avec le temps, globablement l’homme s’est « adouci ». On regarde avec frayeur les « loft story » et autres émissions voyeuristes. Mais il n’y a pas si longtemps c’était des combats à mort de gladiateurs qui réjouissait la foule !
    Il n’y a pas si longtemps, les esclaves étaient considérés comme du bétail humain.
    On vit une époque où, en tout cas dans la plupart des démocraties, la peine de mort a été abolie, où la justice est plus équilibrée, où l’on essaie de lutter contre la misère, le manque d’éducation.
    Tout n’est pas parfait mais au moins on essaie.

    Tout ça pour dire, ne prenons pas le futur en grippe. Il n’est peut-être pas plus mauvais que le passé.

    1. L’anticipation, à la base ce n’est pas pour affirmer que les choses vont forcément se passer « comme ça ». C’est surtout pour dire « attention, si on va trop loin dans cette direction, on risque d’arriver au drame ». Donc bien sûr que le passé révèle de bien horribles choses, et qu’il faut rester optimiste pour le futur. Mais ces mondes caricaturés sont là pour nous prévenir du danger qui est à portée de main de l’humanité.

  7. « Ce court extrait du « Meilleur des mondes » (1931) est donc une parfaite illustration de ce qui survient aujourd’hui. »

    Putain qu’elle est bonne ! Même pas foutu de vérifier si l’extrait en question était dans le bouquin. Pas un brin de recul, pas le moindre doute au vu du champ lexical et des expressions utilisées ne vous a effleuré ?

    Vous devriez postuler chez France info ou à l’AFP.

  8. Bonjour,
    Indéniablement, nul ne saurai dire ce que cette société souhaite nous vendre, mais pour demeurer libre, il est primordial de ne jamais suivre ni le sens du courant, ni cette pensée unique et imposée.

    Le Meilleur des Mondes est un livre visionnaire, et Retour au Meilleur des Mondes (également de Huxley) est une belle étude approfondie du livre que je vous invite aussi à lire.

    Bonne année ?

  9. Alors même si cela n’enlève rien à la justesse du texte ou de Huxley, ce texte ne provient pas du tout du meilleur des mondes.

    Il a été écrit en 2007 par quelqu’un imaginant un discours politique s’inspirant du meilleur des mondes.

    source ici : http://sergecar.perso.neuf.fr/cours/sagesse_revolte.htm

    D’ailleurs on donne souvent la date de 1939 attendant à ce texte (le meilleur des mondes datant de 1931 comme dit dans l’article)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *