Internet : l’ami des dictateurs ?
Ceci est une réaction au papier du Monde intitulé « L’information en ligne, l’autre conflit syrien« , écrit par Shahzad Abdul. Elle est écrite par n4rim, que vous pouvez croiser sur IRC.
Honnêtement, commencer un article sur la Syrie avec une citation de Evgeny Morozov, « Internet sera le meilleur ami des tyrans », c’est assez gonflé. En tout cas, moi, ça me choque. Alors c’est probablement parce que je passe trop de temps sur IRC, trop de temps derrière un écran mais, non, définitivement, j’ai du mal à penser que l’on puisse commencer un article avec un « Internet saimal ».
Je m’explique.
Internet n’est pas le meilleur ami des tyrans
C’est d’ailleurs l’ami de personne. Internet est un outil, il n’est ni bon ni mauvais, il est.
Internet est, ou sera, nuisible à toutes les dictatures, à tous les systèmes autoritaires, à toute hiérarchie. Par un phénomène assez simple, décrit depuis plusieurs années par les cybernéticiens comme Niklas Luhmann : plus vous augmentez la complexité, les échanges, les possibilités de communications entre les personnes, plus la hierarchie doit se complexifier pour garder le contrôle sur la base.
Or, Internet augmente considérablement le nombre de connexions entre les gens. Et donc, indubitablement, les relations entre les citoyens se font plus nombreuses, et, petit à petit, le pouvoir en place chancelle jusqu’à tomber. Sauf si dans sa chute il se transforme en quelque chose de plus souple, de moins pyramidal. Cela me semble inévitable.
D’autant plus inévitable quand je vois avec quelle facilité on peut entrer en contact avec des dissidents syriens, copier, relayer leurs infos. Comment on peut les aider à faire sortir de l’info, comment ils apprennent sur les conseils de Telecomix à contourner la censure. Tout ça est beaucoup trop souple, trop agile, trop mouvant pour être contrôlé par un système bêtement pyramidal. Et, quand on fait la somme de toutes ces actions je suis persuadé que le régime en pâtit beaucoup plus qu’il n’en profite.
Internet est un instrument du régime
Bien sur, le régime de Bachar Al-Assad contrôle beaucoup de choses. Une des premières cibles sont les réseaux sociaux, ce qui est logique quand on voit la masse d’informations personnelles qui circulent. Quand on lit l’article on a l’impression qu’Internet est uniquement un moyen de traquer et de persécuter les « rebelles ». Mais c’est faux, et c’est surtout approximatif.
De la même façon qu’un résistant qui utilise son téléphone portable sera localisé, un activiste qui poste une vidéo sur YouTube sans précaution le sera tout autant. Cela ne fait pas du téléphone mobile une arme du régime. Cela ne fait pas d’Internet une arme du régime non plus.
Encore une fois, Internet est un média, ni bon ni mauvais, il relaye juste les infos que l’on met dessus. Et cela peut être de la propagande, c’est vrai, mais cela peut aussi être des messages libertaires :
Data is neither good nor bad
L’Internet syrien, un Internet sans faille !
Alors là, j’avoue, j’ai ri.
Apprendre que l’Internet syrien est totalement contrôlé, que rien n’en sort, rien n’y entre, c’est franchement drôle. En cherchant un peu on trouve pourtant facilement des chan IRC où l’on peut chatter avec des résidents syriens. En cherchant un peu on trouve aussi beaucoup de photos, de vidéos qui proviennent tout droit de la Syrie. On trouve même des mecs assez fous pour bidouiller des serveurs VPN pour contourner les pare-feux syriens.
C’est vrai, les Syriens doivent chiffrer leurs données, « Il faut souvent faire transiter les vidéos par l’étranger » , mais ce n’est pas franchement compliqué – pas plus que d’installer Mumble – et vraiment efficace. C’est vrai que les résistants se font arrêter, torturer pour avouer leurs mots de passe Facebook ou Twitter, mais ils sortent aussi de Syrie une quantité phénoménale de données, à tel point, que rarement on aura eu autant d’archives sur une guerre civile dans un pays complètement renfermé sur lui même.
Plutôt que de faire des articles alarmistes, pourquoi ne pas relayer les solutions pour contourner le problème ? Cela me paraîtrait rudement plus efficace, d’expliquer pourquoi il ne faut pas utiliser Skype quand on veut garder son anonymat. Pourquoi ne pas expliquer comment utiliser un VPN ou Tor pour sortir des infos de Syrie sans se compromettre ?
Dans des situtations délicates comme celle de la révolution syrienne, il convient de ne pas idéaliser mais de ne pas assombrir le tableau non plus. Internet ne sauvera pas le monde et ne rendra pas plus horrible un régime qui l’est déjà, il contribue juste à mettre les citoyens de différents pays en relation et c’est déjà beaucoup.



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Et une gifle une !
et si il était plus simple de controler le désir « des gens » que des paquets ?
il suffit de leur dire qu’internet c’est fessebouc, ou my tivi by orange …
ils ont bien pigé que Internet saymal, donc ils vendent du internet by orange ou monsieur le neuf … AOL avait 15 ans d’avance avec son monde clos …
Pourquoi ne pas expliquer comment utiliser un VPN ou Tor pour sortir des infos bidonnées de Syrie sans se compromettre ?
J’hésite sur la manière de répondre. Je propose donc plusieurs réponses. Bien entendu, elles peuvent toutes êtres choisies :
Réponse A :
Mais non, les infos bidonnées c’est le Mossad, la CIA, le FBI, la DGSE, Tintin, Milou, le capitaine Haddock et Garfield qui les fabriquent et inventent tout : pas besoin de VPN pour eux, ils sont bien au chaud chez nous ~o~
Réponse B :
Bidonnée ou pas, une donné doit circuler ! Ceci dit, j’espère que la prochaine fois que tu bidonnes un truc sur Internet tu te feras pas arracher les ongles/électrocuter par la police !
Allez, je retourne financer le nouvel ordre mondial en mangeant des tomate-cerises d’Israel.
Heu… dire ça à KheOps, qui a précisément consacré un temps infini à faire cela, c’est comique. Mais bon, j’imagine que tu n’étais pas au courant de cela.
Donc sache que sans lui, le nombre de Syriens en mesure d’utiliser Tor et des VPN pour sortir l’information du pays serait quasi nul.
Non, ce n’est pas comique, c’est réaliste, je ne mets pas en doute son action personnel ni ses motivations, je m’en fous d’ailleurs, effectivement je ne suis pas au courant de ce qu’il magouille, ni pourquoi il le fait, je pointe le fait que rien sur internet ne peut se prévaloir d’une probité irréprochable et « l’information » n’en est pas, il sort juste des choses que l’on ne doit pas prendre comme de l’information formelle, il faut rester lucide.
C’est quoi de « l’information formelle » ? Celle qui a été vérifée par un pouvoir central en qui on a mis notre confiance les yeux fermés ?
bwahaha :]
Sans équivoque tout simplement, et comme tu le dis, pas forcement vérifié par un pouvoir central même si élu démocratiquement. Des journalistes qui font leur métier avec déontologie ça doit bien exister ? Ils sembleraient plus crédibles que des partisans de quel bord fusent-ils. Pas de quoi se marrer en tous cas pour si peu.
Un journaliste neutre et non-partisan, je doute que ça existe ! Il est sujet à la subjectivité de ses sources… Et à la sienne.
De ce fait, avoir accès aux données brutes – partisanes – ce n’est pas forcément plus mal, on peut faire les recoupements soi-même.
Aaah, le fameux débat : Faut-il laisser le peuple ignorant ou faut-il le laisser faire au risque de le voir faire des conneries de se faire manipuler.
C’est en fait le coeur de l’article ! Et je pense que c’est trop tard, depuis Internet précisément. Les données circuleront quoi que tu fasses, la question est juste de savoir de quelle coté de la barricade tu te places.
Internet çaybien, sauf quand ça permet de te cibler en tant qu’opposant parce que t’a été raconter ta vie sur fagbook, et ça c’est déjà moins cool. Or d’après ce que je comprends de la repression (en Syrie ou ailleurs) fagbook et d’autres services grand public sont massivement utilisés de cette façon.
Il y aura toujours des gens qui feront des choix qui manquent d’intelligence au vu de la situation, souvent parce qu’il leur manque des données et/ou des connaissances techniques … mais les choix erronés arrivent dans tous les domaines, ce fait ne modifie donc pas en lui-même la qualité intrinsèque de l’outil.
Pour le moment c’est pas « des gens » c’est « la majorité des gens », c’est d’ailleurs ce qui fait l’intéret des systèmes de surveillance actuels.
So what ? On coupe tout ? On interdit l’accès à Facebook aux syriens?
Ce que j’essaie de faire passer dans ce post c’est que, justement, il vaut bien mieux faire passer des messages d’informations pour aider les internautes syriens à communiquer sans risques plutôt que de balancer des « Internet c’est mal » ou « Internet c’est bien ».
Encore une fois, les outils ne sont ni bons ni mauvais. C’est absurde, est ce que te demande si un marteau est plutôt bon ou plutôt mauvais? Internet est un outil, tout comme les VPN ou le DPi d’ailleurs. Alors efforçons nous de communiquer sur les cotés positifs, d’expliquercomment utiliser intelligemment cet outil plutôt que de dire « Oh mon dieu comme c’est dangereux »
http://fr.viadeo.com/fr/profile/shahzad.abdul
« Tiens coco, prends le nouveau pour écrire l’article sur la Syrie, il a un nom arabe ça fera couleur locale ». :p
Faut se rendre compte du fossé énorme entre geeks/nerds et la majorité de la population. L’utilisation « intrinséque » qui est faite de l’outil par la majorité est une utilisation dangereuse cf la douloureuse découverte des militants marocains ces dernieres semaines.
Il y a un côté « naturel » à l’Internet, qui fait qu’un faible nombre de personnes ayant de bonnes intentions et de bonnes connaissances ont généralement suffisament d’influence pour « éduquer » les néophytes, ce qui finit par transformer un bouche-à-oreille (qui peut être stérile à la base) en véritable arme de défense.
Par exemple, Facebook est massivement utilisé, et donc tout autant surveillé, mais il a été utilisé pour avertir et rediriger les utilisateurs vers des supports plus sains. Le côté viral du Réseau amène toujours davantage de positif que de négatif. (sur un laps de temps suffisament élevé, c’est forcément l’info qui finira par bouffer l’intox)
Internet est un système ultra-faillible, et donc attaqué sans arrêt. Mais c’est justement pour ça que c’est un système qui s’auto-defend à merveille, et qui s’adapte au fur et à mesure, au travers de ses utilisateurs et de leurs connaissances.
Et pourvu que ça dure.
Hé bien malgré la « mauvaise » utilisation « des gens », il semble que des dizaines de vidéos chaque jours sortent du pays, et ce à rythme qui ne s’amenuise pas (au contraire ?) depuis un an et demi.
Je crois aussi que le trafic dans Tor provenant de Syrie a bien augmenté en l’espace des 18 derniers mois.
Donc « les gens » ne sont pas si débiles que ça, même si plein d’erreurs sont faites et qu’il y a beaucoup de victimes. Mais s’ils étaient si bêtes et se faisaient tous arrêter, on n’aurait pas autant de vidéos chaque jour qui viennent des quatre coins de la Syrie : ils seraient déjà tous morts, trop idiots pour savoir se protéger !
Quant au commentaire sur la « couleur locale » de l’auteur du papier, même s’il a écrit des choses avec lesquelles on n’est pas d’accord, ton commentaire est un peu bizarre. Il écrit pour le Monde sur le sujet et c’est tout, désolé si le fait qu’il ne s’appelle pas Robert Poitou te fait tiquer, mais il a le même droit que les autres d’écrire ce qu’il veut.
>So what ? On coupe tout ? On interdit l’accès à Facebook aux syriens?
Chais pas,je fais des dessins éducatifs en attendant de trouver mieux:
http://fc02.deviantart.net/fs70/o/2012/227/a/8/a8b10f6a7d54f061b4326e6d95616cf1.jpg
> »Hé bien malgré la « mauvaise » utilisation « des gens », il semble que des dizaines de vidéos chaque jours sortent du pays, et ce à rythme qui ne s’amenuise pas (au contraire ?) depuis un an et demi. »
On parle également de 60 0000 à 100 000 disparus. Combien on été ciblés grace à cette mauvaise utilisation? Des chiffres? Une estimation?
>ton commentaire est un peu bizarre
Bah passer du « Journal de Clichy » à la rubrique internationale de « Le Monde » c’est marrant non?
Bin oui, il y a (beaucoup ?) de mauvaises utilisations, ou du moins d’utilisations naïves car tout le monde n’a pas le temps de tout apprendre, et oui, ça fait des victimes.
Il n’empêche, ce que n4rim met en avant est vrai : ça décuple le dialogue entre humains, ce qui a in fine des conséquences positives (c’est mon avis), à savoir participer à destabiliser toute organisation trop rigide.
Mais tout comme les gens ont mis du temps à apprendre que boire avant de conduire c’était pas terriblement safe (je me rappelle de cette vieille pub Cointreau qui disait « vous reprendrez bien un verre avant de prendre la route ! »), il va sans doute falloir du temps côté Internet aussi.
Quant à passer du Journal de Clichy au Monde, je vois pas le problème, il faut regarder ce que la personne a écrit auparavant, et pas s’arrêter bêtement à la carte de visite collée sur son front, ou encore à la consonnance de son nom, car c’est part pas du tout pertinent comme critères. Puis ça dégage un esprit de suspicion gratuite (Journal de Clichy + nom arabe => mec probablement pas légitime) ridicule et désagréable !
et si le fond du probléme c’était que face de bouc et 2 ou 3 trucs du genre, c’est pas internet ?
<<<<>>>>>>
Pas possible de répondre ? le débat est clos ?
Pour moi le doute c’est pour les recoupements possibles (comment, par qui, par quoi) et la probité voudrait que l’on donne les versions contradictoires des plusieurs camps en conflit dans la mesure où leur version n’est pas manipulée d’entrée, mais comme on en sait strictement rien, le mieux est de dire que ce n’est pas des infos.
Penses-tu que tu n’es pas sujet à la manipulation des sources qui abreuvent le net par tor ou Vpn ou autre ?
Attends, je crois que l’on se comprends pas sur le sens du mot information. Toutes données qui sort de Syrie est une information.
Après, comme dans toute guerre, et probablement plus dans une guerre civile, tout ce qui sort est partial voire carrément partie intégrante d’une propagande. C’est probablement vrai pour ce qui sort par les tuyaux de Telecomix.
Mais peu importe.
Faire le tri ce n’est pas mon rôle, ce n’est pas le rôle non plus de Telecomix. Ce qu’il faut c’est faire en sorte que les données/infos circulent puissent faire le tri, pour, ensuite, que les historiens puissent faire le tri avec le maximum de matière.
L’Histoire se fait avec le temps, surtout en temps de guerre.
Alors, oui, ne prends pas tout ce qui sort de TOR comme vérité, ne prends pas non plus comme vrai les communiqués de Bachar Attends, réfléchi, accumule des données et essaye de te faire une idée par toi même ou attends que les journalistes ou les historiens te communiquent les leurs.
Effectivement on ne se comprend pas lorsque tu affirmes que tout ce qui sort de Syrie est de l’information. Ou doit –on assimiler information et propagande dans le même mot ? Peut-être que parfois s’en est de l’info, mais parfois peut-être que c’est de la manipulation, et nous sommes incapable le cul à l’abri derrière nos écrans de différentier les deux. Si tu y arrives, alors chapeau l’artiste, ou peut-être cela t’arrange de croire ce que tu souhaites lire, moi j’avoue humblement mon impuissance à le faire. Bien sûr, je n’attends pas l’avis d’un seul journaliste pour me faire une idée qui de toute façon ne me concernera seul.
La propagande est aussi une information, sur ce qu’on veut que tu croies, à la place de ce qui est.
Etudier la propagande à la lumière des informations « qui ne vont pas dans son sens » permet d’avoir un accès détourné à quelque chose qui ressemble un peu plus à la vérité.
De mon point de vue, qui est le même que le tien ( derrière mon écran et assez peu informé pour être largué par les jeux d’influences et de compromissions qui se font dans cette région) , le doute reste à mon sens la chose la plus adaptée.
Une chose cependant : il ne faut pas non plus nier l’importance de ceux qui mettent les mains dans le cambouis pour aller chercher une vérité.
>Puis ça dégage un esprit de suspicion gratuite (Journal de Clichy + nom arabe => mec probablement pas légitime) ridicule et désagréable !
Visiblement l’ironie c’est pas trop ton truc…
>Pour moi le doute c’est pour les recoupements possibles
Al-Jazeera-EN fait justement un boulot remarquable de recoupement des infos. Et, va savoir pourquoi, elle passe pour une source plus fiable qu’Abdul-de-Clichy
Ou que « Xpose d’internet » ?
J’ai pas de problème de crédibilité à défendre, contrairement à des journalistes décrivant une situation en Syrie depuis Paris sans avoir jamais mis les pieds sur place.
Les interrogations suivantes restent toujours en suspend:
- Parmi les 20 000 à 25 000 morts, les 60 000 à 100 000 disparus et les 200 000 250 000 personnes détenus par les forces du régime, quel pourcentage ont été ciblées grace à la surveillance du net?
- A partir de quel seuil du nombre de personnes ciblées grace au net peut on légitimement considérer que le net est un outil pour les dictateurs, et à partir de quel seuil doit on considérer que c’est plutot un outil pour les dissidents?
Sachant que ce qui a fait tomber les régimes Tunisien, Libyen, Egyptien et qui fait vaciller le régime Syrien, c’est pas internet, c’est les gens qui descendent dans la rue et qui, pour un certain nombre d’entre eux, y meurent.
Internet est un outil. Pour les dictateurs, pour les dissidents, pour tout le monde : pas besoin de seuil. Voilà voilà, c’est le propos de n4rim. Internet n’a pas renversé de dictateur, mais Internet n’a pas non plus mis de dictateur au pouvoir. Internet n’est qu’une série de tubes, faut pas oublier ça. Ensuite tout le monde s’en sert, soit pour communiquer, soit pour être anonyme, soit pour traquer les gens qui tentent d’être anonymes.
Ça provoque qu’on le veuille ou non une horizontalisation des structures par les relations que ça crée. Être en contact avec plus de gens, plus vite, ça change sans aucun doute le cours des choses qui se passent également dans la rue. Des Tunisiens du hackerspace de Tunis pourront t’en parler mieux que moi, ou encore David Dusa, réalisateur du film Les fleurs du mal qui a étudié l’impact d’Internet dans la révolution – manquée – d’Iran.
Pour t’en convaincre, regarde aussi le reportage Traqués de Paul Moreira, tu verras l’importance qu’accordent les révolutionnaires syrien au fait de pouvoir accéder au Net : c’est crucial !
https://resources.telecomix.ceops.eu/press/videos/traques.avi
Viens aussi parler avec les Syriens qui trainent sur IRC, je pense que tu te rendras compte que ce que je dis, je ne l’invente pas mais que je le tire aussi de ce que j’entends de leur part.
Ceci dit, pour qu’Internet soit « plutôt » un outil pour les gens qu’un outil pour les dictateurs, c’est clair qu’il y a aussi un gros boulot d’éducation, voire de législation (à débattre) à faire autour de la neutralité du Net, des systèmes d’espionnage, de la reprise en main des infrastructures par des petits groupes de confiance, etc.
>pas besoin de seuil.
Bah si, besoin de seuil il y’a, parce que croire que les dictatures ne sont pas en train de s’adapter aux changements en cours est illusoire. Soit internet facilite le ciblage des opposants et permet des coupes sombres dans leurs rangs, soit le ciblage via le net est marginal par rapport au travail de police. Pour le moment on a pas de données précises sur ce point, donc on ne peut raisonner que dans l’abstraction.
D’ailleurs dans le document de P.Moreira on peut aussi voir le témoignage d’opposants lybiens qui se sont fait poisser « grace » au net. Et comme en Syrie c’est la militarisation croissante de l’opposition qui a fini par faire tomber le régime.
>ce que je dis, je ne l’invente pas
J’ai pas dit que tu inventes, je suis pas tout à fait d’accord avec tes conclusions, stou
Moi au contraire, je pense qu’internet sauvera le monde de big brother. Comme tu le dis si bien, c’est un outil vaste et en constant développement, incontrolable à 100%, et c’est par conséquent le talon d’achile de tous ceux qui veulent contrôler les masses. Jamais il n’a été aussi facile de partager de l’information et de discuter de tous les sujets à l’échelle nationale comme internationale. Internet est l’Agora de la Grèce antique, l’agora qui provoquera l’effondrement des dictatures et rendra démocratique les pseudos démocratie en donnant à chaque citoyen son temps de parole.
Socrate aurait adoré.
P.S : C’était en réponse à la conclusion qui dit :
[quote]Internet ne sauvera pas le monde[...] il contribue juste à mettre les citoyens de différents pays en relation [/quote]
Je pense au contraire que c’est ça qui sauvera le monde comme je l’expliquais plus au dessus.
Vive la transparence !
Je ne comprends pas le crédit que l’on peut donner à Morosov. Il est tellement souvent à côté de la plaque.
Il a fait le buz avec son bouquin – « ho un ptit jeune russe qui ecrit un bouquin sur le hacktivisme » – mais il est resté sur ses positions sans voir que le monde bougeait.
Hé les web libertaires, cessez d’avoir des crises d’urticaire dès que quelqu’un remet en cause la soit-disante innocence (bienveillance ?) intrinsèque d’Internet.
« Internet est un outil, il n’est ni bon ni mauvais, il est. » : la fameuse rengaine de la la fausse neutralité des techniques. C’est un postulat intéressant mais naïf, invalidé par des siècles de développement industriel et combattu par de nombreux philosophes (Bourdieux, Heidegger pour ne citer qu’eux).
Pour une démonstration détaillée je vous invite à lire cet excellent article de philolog : http://www.philolog.fr/la-technique-est-elle-une-activite-neutre/ , qui dit en substance la chose suivante :
Il est faux de dire que la technique est en soi étrangère à toute valeur.
Il est faux de prétendre qu’un moyen est un simple moyen.
Comme tout moyen, la technique ne vaut que ce que valent les fins qu’elle sert, et la détermination des fins n’est pas compétence technicienne : le souci des fins et des valeurs est compétence politique et morale.
Internet n’est donc pas un simple instrument « un média, ni bon ni mauvais [qui] relaye juste les infos que l’on met dessus » : il est l’incarnation des valeurs morales de ses utilisateurs, et en cela il peut être intrinsèquement bon, ou mauvais.
Bonjour, je ne veux PAS me plaindre ni vous embêter, c’est une remarque pour aider…
Vous commencez un chapitre ainsi :
« Hors, Internet augmente considérablement le nombre de connexions entre les gens »
– Aie, c’est « Or, » pas « Hors », qu’il faut, là. Faites gaffe
Sinon, une image assez intéressante, je crois.
(1) Côté « internet saymal ! », on présente souvent internet comme un outil de contrôle, de flicage, d’oppression, bref un nouveau ciment pour solidifier la pyramide avec l’élite au sommet et la police et l’armée juste en dessous pour nous écraser. « Façon 1984 + internet », merci Orwell.
(2) Côté « internet saycool », on nous présente comme ici internet comme l’outil anti-totalitaire puisqu’il rend si complexe le contrôle que la pyramide totalitaire ne peut que s’effondrer.
(3) Hélas, en l’occurence, Huxley a plus raison que Orwell, la réalité serait plutôt une domination « molle », avec internet régnant sur les sources de distraction faciles dissuadant de se lever pour faire la révolution.
Cf cette image, qui est TRES parlante…
http://www.prosebeforehos.com/image-of-the-day/08/24/huxley-vs-orwell-infinite-distraction-or-government-oppression/
Corrigé, merci
Intéressant le parallèle entre les deux approches. À ceci près que quand on voit les politiques de surveillance des masses et de répression parfois assez violente (mouvement Occupy ?), on peut peut-être se dire qu’on va vers quelque chose d’hybride plutôt que quelque chose qui est plutôt Huxley ou plutôt Orwell. Je pense qu’on peut trouver des exemples en quantité significative qui vont dans les deux sens.
Le « Facebook-qui-te-rend-bête » est sans doute l’exemple type du piège à la Huxley, mais si jamais tu t’en extirpes trop et devient engagé, alors tu deviens confronté à la surveillance orwellienne (surveillance du Net, caméras (cf. affaire TrapWire en ce moment), etc.).
Je suppose qu’il relève de la responsabilité individuelle de ne pas se faire avoir par un « excès de distraction »
Donc je suppose qu’en fonction du côté où on se trouve ou de l’entourage qu’on a, la perception qu’on a varie plutôt vers un côté ou l’autre.
Mais pré- ou post- Internet (ou autre technologies), n’y-a-t-il pas toujours eu, de toute façon, une majorité de personne plus promptes à se distraire qu’à réfléchir et remettre en question. Et n’y-a-t-il pas de toute façon toujours eu ce couple bêtification-répression ? Est-ce que les liens qu’Internet permet de créer ne permet pas, justement, de nous en rendre mieux compte ? Car Facebook a beau être Facebook, il s’y passe également une activité politique engagée non négligeable.
On pourrait aussi – par exemple – critiquer « le cinéma » pour toutes les grosses productions américaines qui passent et qui évitent soigneusement au spectateur de réfléchir… Mais il y a aussi nombre de films de qualité et qui font réfléchir, se questionner, etc. À mon avis, c’est un peu pareil pour tout… à nous d’en faire quelque chose de bien.