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Par Yovan Menkevick 1 mai 2012 14 Commentaires

Extrême droite : petite analyse européenne

(L’histoire des fascismes, nationalismes, dictatures, régimes totalitaires ne semble pas suffisante, parce que trop « ancienne » : la conviction que les époques ne sont pas les mêmes fait dire à certains...

(L’histoire des fascismes, nationalismes, dictatures, régimes totalitaires ne semble pas suffisante, parce que trop « ancienne » : la conviction que les époques ne sont pas les mêmes fait dire à certains qu’il ne peut y avoir de véritable danger aujourd’hui avec le vote d’extrême droite ou de la droite populiste. Danger pour les libertés, pour les droits de l’homme, la protection des minorités, pour la cohésion sociale. Il est donc intéressant d’observer ce que  sont ces partis d’extrême droite aujourd’hui en Europe, ce qu’ils font concrètement ou proposent.)

Un document, publié par le Réseau européen contre le racisme (ENAR) à Bruxelles en mars 2012, avec le soutien du Programme communautaire pour l’emploi et la solidarité sociale (PROGRESS (2007-2013) et de Open Society Foundations) intitulé « LES PARTIS D’EXTREME DROITE ET LEUR DISCOURS EN EUROPE : Un défi de notre temps » permet de savoir plus précisément comment et pourquoi les partis populistes d’extrême droite progressent sensiblement en Europe.

Le début du document précise les caractéristiques de ces mouvements politiques :

Les partis d’extrême droite on trois caractéristiques principales:

1) le populisme, caractérisé par un franc-parler et un discours anti-élite et contestataire,

2) l’autoritarisme, et

3) le « nativisme », c’est-à-dire la combinaison du nationalisme et de la xénophobie.

Certaines précisions sur l’aspect « raciste » ou « xénophobe », au sujet de l’immigration méritent d’être éclaircis puisque le discours a varié au cours du temps et se précise aujourd’hui dans tous les pays d’Europe, France comprise :

L’hostilité à l’immigration a clairement été l’un des leitmotif du discours de l’extrême droite pendant de nombreuses années. Néanmoins il ne s’agit plus tant de maintenir les immigrés hors des frontières que d’avoir un débat public sur la signification de l’intégration. En effet, les populistes prétendent que certains groupes ont une identité culturelle qui ne peut pas être intégrée, vu qu’elle est soi-disant incompatible avec les valeurs libérales. L’hostilité à l’Islam est une autre des composantes principales du discours de l’extrême droite de ces dernières années. Les partis d’extrême droite qui ont remporté les scores les plus importants en Europe en sont arrivés à externaliser leur xénophobie intrinsèque: ce n’est pas « nous » qui sommes racistes, ce sont « eux », les musulmans qui sont la source de l’intolérance.

Sur l’aspect conjoncturel, le rapport établit le lien assez clair entre difficultés socio-économiques et vote anti-immigrés :

La crise offre à l’extrême droite une structure et une opportunité politique à exploiter. Un autre aspect socio-économique est l’idée de la « préférence nationale » qui est associée au « chauvinisme social », refusant le droit à la protection sociale aux « étrangers » représentés comme des parasites s’y accrochant.

La théorie du blanc-bonnet et bonnet-blanc est invoquée de manière systématique, et ce phénomène s’accentue :

Les partis d’extrême droite prospèrent lorsque les partis traditionnels sont arrivés à une convergence en termes de politiques et de pratiques. La convergence permet aux partis d’extrême droite de dépeindre les gouvernements de gauche et de droite traditionnels comme étant fondamentalement « les mêmes » et ils insistent par conséquent sur la nécessité de les confronter à des perspectives alternatives sur des questions telles que l’immigration et l’intégration européenne.

Les sociaux-démocrates européens, anciennement socialistes ont effectués un virage idéologique (la troisième voie de Tony Blair) qui semble être aussi en cause :

En outre, l’adoption par les partis de centre gauche des notions d’une « troisième voie » entre la gauche et la droite a présagé de l’acceptation de la mondialisation néo-libérale, ce qui a permis aux partis d’extrême droite de se présenter comme les seules forces anti-establishment défendant la volonté du peuple.

Sur leur influence dans l’échiquier politique, leurs discours qui varient :

ils sont parvenus à influencer la politique traditionnelle, ils y sont arrivés en partie en faisant clairement le lien entre ces éléments et d’autres thèmes à portée nettement plus nationale.  Ainsi par exemple, le PVV aux Pays-Bas a évité les écueils de la moindre association avec l’Holocauste en adoptant une position forte en faveur d’Israël et des Etats-Unis.

Il faut se rappeler que des pays européens ont été soumis à des dictatures ou régimes militaires très peu de temps avant leur intégration à L’union. Les forces politiques d’extrême droite y sont normalement faibles, mais la crise change un peu la donne :

Pour ce qui est des pays méditerranéens qui ont vécu de longues périodes de dictature (Espagne, Portugal) ou qui ont été soumis à des régimes autoritaires de plus courte durée (Grèce), les partis d’extrême droite y sont apparus dans l’après-guerre mais ne sont pas parvenus à reproduire les résultats de leurs homologues et de leurs prédécesseurs en termes de succès électoral et de stature. Certaines évolutions relativement mineures ont pu être constatées, mais dans l’ensemble, comme l’a résumé un observateur avisé, il est « trop tard pour la nostalgie, trop tôt pour la protestation post-matérielle » (Ignazi, 2003: 11). Le parti d’extrême droite Alerte orthodoxe populaire (LAOS) a toutefois augmenté son score, passant de 2,2 pour cent des voix en 2004 à 3,8 pour cent en 2007, faisant ainsi son entrée au Parlement national grec en remportant 10 sièges (sur les 300). Plus récemment, la crise de l’eurozone a ouvert une nouvelle brèche pour le LAOS et lui a permis de s’intégrer à la coalition gouvernementale non élue en novembre 2011, ce qui est une première depuis la fin de la dictature militaire de 1974. Il est incontestable que la débâcle économique a offert à l’extrême droite en Grèce une structure et une opportunité politique à exploiter, grâce à la pression de l’UE.

Finissons par le Front national en France, et ses électeurs, qui pour une partie sont issus des « classes populaires », c’est à dire le monde ouvrier qui a basculé d’un vote communiste à l’extrême droite, mais qui continue à lutter dans des syndicats :

Pour ce qui est du FN(…)un tiers des personnes se réclamant proches du parti se déclaraient également proches d’une organisation syndicale, ce qui signifierait que les syndicats n’ont pas été capables de résister à la « pénétration » et à la « mobilisation » du FN et que les syndiqués nourrissaient, dans une certaine mesure, des points de vue négatifs à l’égard des travailleurs immigrés…

Pour finir cette « petite analyse » de la montée des extrêmes droites en Europe, un extrait de la conclusion de ce document qui renvoie à une réalité inquiétante, mais résume la situation avec une très grande lucidité :

Une inquiétude généralisée se fait sentir chez les progressistes européens. Ils pensent que tout comme pendant la grande dépression, une crise structurelle du capitalisme, loin de précipiter automatiquement un virage radical de l’opinion publique, risque d’être exploitée avec succès par l’extrême droite, avec un centre droit lui faisant écho en mode mineur. Cela provoquerait non seulement la destruction de ce qui reste du consensus socio-démocrate d’après-45, mais redéfinirait la politique, en des termes schmittiens polarisés, contre l’« autre » immigré/islamiste ennemi, tout en laissant le véritable auteur de la crise, le banquier dans le casino capitaliste de Keynes, s’en tirer sans être inquiété. D’aucuns craignent que les sociodémocrates, à qui il aura fallu des dizaines d’années pour se mettre au diapason des mouvements sociaux émancipatoires des années 60, ne se retrouvent désormais fragilisés, étant donné que leur soutien prolétaire fondamental se sent en quelque sorte rassuré par la propagande « sécuritaire », même illusoire, sur un marché où les protections gagnées de haute lutte ont été décapitées par la réponse soi-disant inévitable à la mondialisation.

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  1. jcm dit :
    1 mai 2012 à 12 h 21 min

    Voir à ce sujet :

    « Immigration : Nicolas Sarkozy a franchi un dangereux Rubicon »
    http://tempsreel.nouvelobs.com/laurent-joffrin/20120501.OBS7424/immigration-nicolas-sarkozy-a-franchi-un-dangereux-rubicon.html

    Répondre
  2. Daniel67 dit :
    1 mai 2012 à 15 h 37 min

    L’extrême droite sert en fait de dérivatif au grand capital, et le finance probablement en sous-main, ici ou là.
    En faisant focaliser les déceptions sur de fausses causes. Le peuple ne se pose ainsi pas les bonnes questions et se trompe de cible.
    Et la gauche est magnifiquement « creuse », peu imaginative et pas assez rassembleuse. A l’exception de quelques figures, comme Mélenchon en France, qui a au moins ce mérite-là.

    Répondre
  3. kaoscripteur dit :
    2 mai 2012 à 0 h 46 min

    « la gauche est magnifiquement « creuse », peu imaginative et pas assez rassembleuse. A l’exception de quelques figures, comme Mélenchon en France, qui a au moins ce mérite-là. »

    Tous a fais d’accord avec toi, mais croit tu réellement qu’on ais besoin de « figure » synonyme de personnification du pouvoir, pour présenter un programme? La gauche n’est pas si « creuse » que ça , si l’on se tourne vers les résultat du premier tour ils sont sans équivoque. Je suis sur que les citoyens ont fais le bon choix , pour ma part j’attends impatiemment le CHANGEMENT pour qu’enfin la balance se rétablissent un peu plus en faveur des plus démunit, de ceux qui souffre le plus de la crise, encore une fois je suis d’accord avec toi, une figure comme Mr Mélenchon est rassembleuse car il pique au vif la politique du président SORTANT (voir très proche de la sorti) mais il tient des propos a caractère très TROP communiste, une majorité de Français on encore peur du Rouge, et ce sentent plus rassuré avec du rose.

    Répondre
  4. sylvain dit :
    2 mai 2012 à 10 h 15 min

    La carte n’est pas assez précise. La particpation au gouvernement est-ce bien pareil que le soutien ? Je veux dire : on peut faire un score honorable aux législatives et ne pas être à l’assemblée par exemple. Dans ce cas, comment soutenir le gouvernement ?
    De plus, tous les scores aux législatives ne se valent pas. La carte devrait faire figurer les pays où les formations d’extrême-droite (ou populistes) ont effectivement des sièges au parlement. Ne pas soutenir le gouvernement mais avoir des sièges pour voter et proposer de lois (Autriche avec le FPÖ par exemple), cela mériterait un troisième paramètres sur la carte non ?
    Quelqu’un est motivé-e pour s’en charger ? La carte, c’est quoi la licence ?
    Bonne journée (si on peut dire)

    Répondre
  5. kaoscripteur dit :
    2 mai 2012 à 13 h 27 min

    On combat le mal par le mal , un extrême par un autre, parti d’extrême gauche Européen réveillez-vous apporter de nouvelles cibles a stigmatiser dans le débat politique (pour une certaines partis de l’électorat qui a besoin de bouc-émissaires). On peut combattre une idées ,on ne peut pas combattre les différences, nous le remarquons tous et l’histoire en fais preuve DIVISER POUR MIEUX RÉGNER , car rien n’es plus efficace que de montrer du doigts les différences en s’attaquant au plus faible plutôt que de rassembler et de s’ouvrir sur les différentes culture et de bâtir une civilisation digne du xx1 ème siècle, unis et rassemblé autour d’un même projets EUROPÉEN voir MONDIAL dans quelque millénaire.

    Répondre
  6. Chris dit :
    2 mai 2012 à 15 h 08 min

    « Le casino capitaliste de Friedman », plutôt. ;)

    Répondre
  7. LeMat dit :
    3 mai 2012 à 10 h 29 min

    Cette analyse « européenne » n’est pas objective.

    Tout d’abord, il y a un profond mépris du peuple puisque leur définition du populisme écarte toute remise en cause des élites. Critiquer les élites, c’est mal…
    Pour continuer sur ce terrain, il n’y a effectivement pas une feuille de papier à cigarette entre l’UMP et le PS pour parler de la France. Les hommes du PS embauché par Sarkozy dans son gouvernement le prouvent.

    Ensuite on retrouve dans cette analyse « européenne » la haine des nations.
    Pour eux, être chauvin c’est être d’extrême droite… Je vous invite à relire l’histoire et vous constaterez que la nation est né dans l’esprit de Jaurès pour incarner la volonté du peuple. Ah oui c’est vrai, ces gens là méprisent le peuple…

    Petite question: lorsque Lepen est passé au second tour (2002), était-ce la crise ?

    Ce fait contredit cette analyse. Je pense à mon humble avis que la monter du racisme peut s’expliquer pour deux raisons:

    - La première est l’augmentation d’étrangers dans tous les pays européens. Plus il y a d’étrangers, plus il y a de racistes (autant chez les étrangers que chez les locaux d’ailleurs, prenez par exemple la volonté de parents musulmans réclamant que leur enfants se marient avec un(e) musulman(e)). C’est con hein !!! On nous dit que c’est parce que l’intégration n’a pas fonctionné. D’accord mais peut-elle fonctionner ? On peut regarder le cas de la Belgique composé de deux peuples caucasiens, ou bien alors l’ex-Yougoslavie ou plus récemment le Mali (le nord composé de Touareg vient de se séparer du sud noir) ou bien de la Libye (la cyrénaique a déclaré son indépendance), ses deux derniers pays ne tenaient que sous la poigne de Kadhafi). Si on regarde l’histoire, faire vivre différents peuples sous un même drapeau finit en général très mal, mais cela aussi ne plaît pas au tenant d’une Europe unis…

    - La seconde raison est la vision raciste du monde de ces européens qui tracent la frontière de l’Europe en fonction de la couleur de peau des gens pour nous sauver du péril jaune, du péril vert et du péril rouge. (La peur rouge n’est pas d’origine raciste mais la Russie est le véritable ennemi de l’UE puisque voulu par les USA, mais ceci est un autre sujet). Le discours du bloc identitaire est édifiant à ce sujet. Là encore cette analyse européenne ne remet pas en question les concepts européens…

    Enfin cette analyse européenne dit que les partis d’extrême droite ne désignent pas les vrais coupables banquiers. C’est tout d’abord faux puisque Marine a aussi attaquer les banques. Mais surtout, est-ce que les partis « respectables » l’ont fait et qui osera dire que l’UE n’est pas par essence libéral ???

    En conclusion, cette analyse est européenne pour deux raisons:
    - Pour eux, l’UE n’a jamais tort.
    - Pour eux, le peuple a toujours tort.
    L’anti-racisme c’est pas mal mais la démocratie c’est pas mal aussi… Rappelez-vous du référendum sur le traité de Lisbonne…

    ps: le but de ce petit texte n’est pas de défendre le racisme mais de mettre en lumière les pièges des analyses européennes. Vous voulez combattre le racisme, aimez le fils du voisin comme le vôtre, ça commence par là ;)

    Répondre
  8. Amicalement dit :
    25 novembre 2012 à 16 h 46 min

    Autant ce billet m’avait semblé très bien vu (reflets.info/pourquoi-le-fn-a-deja-gagne-les-prochaines-elections)

    autant celui ci me fait tiquer.

    Je trouve assez cocasse de fonder une analyse de la montée des mouvances à tendance fasciste sur un rapport émanant de l’UE !

    Je surveille d’un oeil inquiet la lente montée des extrémismes « classiques » en période de crise, à savoir l’extrême droite et l’extrême gauche.

    Mais je constate au présent et avec effroi les projets bien réels et les pratiques bien réelles de cette UE qui tendent vers une nouvelle forme de fascisme, de totalitarisme.

    J’y vois Orwell et Hobbes.

    Je crois que c’est une grave erreur que de trop se focaliser sur les partis d’extrême droite (et d’extrême gauche) dans le contexte actuel.
    Car on regarde alors quelque chose qui fait peur et résonne dans nos mémoires, et à raison!,
    mais on néglige alors de considérer droit dans les yeux ce qui devrait faire bien plus peur car déjà installé, très puissant, et qui n’est que la manifestation de la fameuse bête immonde mais sous une forme nouvelle, plus perverse, plus complexe, plus difficile à cerner.

    Pour donner trois points d’entrée qui parlent d’eux mêmes pour tous ici je l’espère, Indect / le traité de Prüm /
    Acta ne proviennent pas de ces partis extrémistes…

    Répondre
  9. Steptom dit :
    24 mai 2012 à 10 h 48 min

    C’est pas faux… ;-)

    Répondre

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