Euro : pan t’es mort ?
L’immense, l’essentielle actualité sur le tweet de Mme Trierweiler a occulté une toute petite information : la zone euro est venue au secours du secteur bancaire espagnol. Faute de quoi… Ahem… voilà que l’on reparle de l’effondrement de la zone euro. Ce qui, il faut l’avouer ne lasse d’étonner les auteurs de Reflets, nous qui savons que Nicolas Sarkozy a sauvé la zone euro entre quatre et six fois. Et partant, le monde, voire l’univers. Oui, oui, nous lisons aussi les déclarations de Nicolas Sarkozy et nous savons donc qu’à grand coups de moulinets avec ses petits bras, il a sauvé l’Europe à de nombreuses reprises. Alors du coup, c’est quoi encore cette histoire espagnole ?
L’Espagne, à part le chorizo, ses plages, ses boites de nuits d’Ibiza (il faut bien ajouter ça dans les clichés…), c’est accessoirement l’une des premières économies en Europe. Et même dans le monde. Laisser tomber l’Espagne, c’est acter la fin de l’union monétaire européenne. Et ça, dans l’esprit des dirigeants politiques, ce n’est pas possible.
Alors comment faire ? La question mérite d’être posée parce que voyez-vous, les plans de sauvetage successifs de l’Europe, sont une concrétisation très intéressante du concept de storytelling. Comment ça marche ? La finance est un secteur qui ne repose que sur la confiance. Enlevez la confiance et tout s’écroule. On peut y faire absolument n’importe quoi, y compris laisser faire des machines à votre place, inventer des produits financiers improbables (comme les subprimes), faire de l’ingénierie financière façon apprenti sorcier. Mais que la confiance s’envole et tout se casse la figure.
Bien entendu, cette confiance est artificielle. Tout le monde sait dans la finance ce qui y est fait. Tout le monde sait que c’est un château de cartes, une fuite en avant, un convoi de road trains australiens lancés à 120 km/h contre un mur de béton très épais.
Mais tout le monde fait semblant de croire que #toutvabien. Sinon, tout le monde perd tout. Reste que de temps en temps, il y a des ratés. Des types qui finissent par croire un peu aux rumeurs, aux informations, qui sont un peu plus lucides, qui ont un peu moins de sang froid, que sais-je. Et dans ces cas-là, on assiste à un plongeon, une crise (c’est récurrent, citons par exemple le LTCM, octobre 1987, bulle Internet, Enron ou WorldCom…)
Nous avons assisté à un appel au secours de la Grèce, de l’Irlande, du Portugal, de l’Espagne. Demain, l’Italie, la France, il est peu probable que cela n’arrive pas. Question de temps.
A chaque fois, l’Europe a répondu présente. Le FMI aussi. Seul souci, les fonds disponibles ne sont pas extensibles à l’infini et viendra le jour où l’on ne pourra plus trouver de solution.
L’Europe a créé le fonds européen de stabilité financière, histoire de faire des réserves. Grosso modo, sur le papier, les autorités européennes (plus le FMI) ont une capacité de prêt pour soutenir les pays en difficulté qui atteint 750 milliards d’euros.
Voyons voir. Un chiffre comme ça ne veut rien dire s’il n’est pas comparé à quelque chose. Prenons par exemple les marchés des changes. Selon la BRI, en 2010, quelques 4000 milliards de dollars y étaient échangés…. chaque jour.
Toi y’en a comprendre ? Cela explique par exemple que depuis des années et des années, les banques centrales se fassent ramasser à chaque fois qu’elles tentent de soutenir ou déprécier leur monnaie. La Suisse est un bon exemple.
Cet exemple peut être extrapolé à la crise de la dette souveraine. A chaque fois que les politiques, Nicolas Sarkozy en tête, sont venu expliquer face aux caméras qu »ils avaient sauvé l’Europe avec leurs plans, on pouvait s’armer de pop-corn, s’assoir et attendre pour mesurer le « temps de vie » du plan. Quelques jours au mieux.
Alors l’Espagne ?
Alors la voilà qui fait appel à l’Europe pour sauver son système bancaire. Et l’Europe annonce 100 milliards. Les marchés saluent dans un premier temps l’annonce. Puis regardent un peu de quoi on leur parle et se rendent compte assez vite (quelques heures) que l’on a encore essayé de construire une « autre » réalité. Les 100 milliards, à bien y regarder, personne ne sait d’où ils viendront.
Sans doute pas du FMI, d’ailleurs les Etats-Unis sont en année électorale. Sans oublier le fait que le FMI n’a pas les ressources nécessaires pour mettre le doigt dans ce sale engrenage qui pourrait l’engloutir. Christine Laboulette Lagarde peut marteler autant qu’elle veut que le FMI va disposer de 380 milliards pour sauver des pays en difficulté, les promesses de fonds apportés viennent en majorité… des pays de la zone euro… Le FESF est un peu plombé sur ce coup-là par l’Allemagne qui n’est pas très chaude. La Banque centrale européenne est quant à elle un peu bloquée par ses statuts et sa politique interne. Reste le Mécanisme européen de stabilité financière doté de ses petits 60 milliards… Un peu juste. Quant au MES et ses 80 milliards, il faudra attendre que les pays devant le ratifier l’aient fait. Pour l’instant, seuls 4 des 17 pays devant le ratifier l’ont fait. L’Allemagne ne l’a pas encore fait, la France est l’un des rares poids lourds avec la Slovénie et la Grèce…
Quand bien même l’Eurogroupe accepterait de sauver le secteur bancaire espagnol, qui lui aussi beaucoup joué à l’apprenti sorcier, les à-côtés ne seraient pas sans conséquences. Le secteur bancaire espagnol serait sans doute remodelé en profondeur, ce qui ne manquerait pas d’avoir de nouvelles répercussions sur la population. Dans l’attente d’un hypothétique début de l’aide, la prime demandée pour les titres de l’Etat espagnol flambe. Un air de déjà vu en Europe ces dernières années…
Et comme une mauvaise nouvelle ne vient jamais seule, le ministère de l’économie et la banque d’Espagne ont annoncé aujourd’hui que l’audit approfondi et exhaustif du secteur bancaire espagnol attendu pour la fin juillet seraient finalement disponibles en septembre. De quoi donner du grain à moudre aux financiers qui ont parié sur la fin de la zone euro et un joli plantage en règle de l’Espagne. En attendant septembre il faudra se contenter de l’audit plus léger attendu dans deux jours. Pour l’instant, on parle d’un besoin de 60 à 70 milliards pour le secteur bancaire espagnol. Mais en septembre, ce montant pourrait fort bien monter. 100 ? 150 milliards ? Plus ?
Meanwhile at Bankia…
Bankia est un établissement emblématique de ce que font les banquiers. Au bord du gouffre la banque a été rattrapée par le gouvernement espagnol qui y a injecté les fonds nécessaires pour éviter une faillite. Notez qu’une fois renflouée par les fonds publics, c’est à dire par ceux de la population espagnole, la banque a continué de saisir les biens immobiliers de ses mauvais payeurs. Les mêmes qui l’avaient sauvée avec leurs impôts.

Qu’est-ce qu’on se marre… Comme ils avaient l’air heureux au moment de la fondation de Bankia… Sont toujours contents, les banquiers…
Rassurons maintenant tous les optimistes de l’euro. Oui, il y a de fortes chances pour qu »une implosion ne survienne pas. Pourquoi ? Parce que la réalité de la zone euro, ce n’est pas la réalité. C’est celle que le monde de la finance dessine et redessine en permanence avec l’aide des autorités européennes. Ainsi, lors des derniers stress tests européens visant à vérifier que les banques de la zone resisteraient bien à la crise en cours, Bankia passait sans trop de soucis. #Toutvabien, on vous dit. Ça va aller, ce sauvetage du secteur financier espagnol… Ça va aller… Pas de quoi s’inquiéter…






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Vous vous prenez au sérieux ?
J’ai lu d’aussi con depuis longtemps sur la crise européenne.
Enfin bon ça fait rire. Même si ce n’était pas le but.
De beaux arguments que voilà.
Tu pourrais commencer par nous dresser la liste des fois ou Reflets s’est trompé.
OhFuckingWait.
Un petit GEAB ?
http://www.leap2020.eu/GEAB-N-66-est-disponible-Alerte-Rouge-Crise-systemique-globale-Septembre-Octobre-2012-Quand-les-trompettes-de-Jericho_a11063.html
De plus, l’audit de l’Espagne est fait par Goldman Sachs.
AHAH
Les gars qui ont tout intérêt à faire plonger l’euro
n’empeche que depuis les elections en grece, l’euro a pris 2 centimes par rapport au dollar.
oui je sais, ce n’est que micro-conjoncturel
Pas d’inquiétude, la BCE fait marcher la planche à billets, et ainsi les banques ne sont riches que de nos dettes. Alors heureusement que nous sommes endettés, le plus grave pour les banques serait qu’on ne le soit pas car ils n’auraient aucun revenu.
Pour la planche à billets de la BCE voir par là. http://chevallier.biz/
Mais ! Qu’est-ce que tu racontes !?
Des messieurs très instruits t’ont dit pendant la campagne présidentielle que l’UE ne faisait pas marcher la planche à billets et que les 1000 milliards injectés dans l’économie par la BCE n’avaient rien à voir !
Alalala, si les gens écoutent même plus, décidément… !
Question, quel est l’intérêt de renfloué une banque ?
Remplir le tonneau des danaides ?
Si on veut sauver la banque, on pourrait la nationaliser et en faire un vrai service publique, plutot que de vendre des prestations à un tarif exorbitant.
J’ai eu l’impression, il n’y a pas si longtemps, que les banques jouaient contre leur clients.
Et puis, s’il faut de toute façon les renflouer parce que c’est eux, les nationaliser, auraient au moins comme avantage de nationaliser les benefices, quand il y en a.
Les banques remboursent quand un état les finances comme ca?
Ou alors je donne via mes impots de l’argent à une banque pour que les patrons des grande banque puisse être payé ?
gardons le sens des proportions, le salaire des patrons c’est des clopinettes, ca ne se compte pas en milliards.
Oui mais c’est quand même des millions de trop et largement injustifiés comme on le voit. Quand est-ce qu’on les met en prison ces gars-là ?
on ne met pas en prison des gens qui suivent les regles du systeme.
S’il on veut un responsable, il faut regarder du coté de celui fait les regles.
Et que personne m’explique qu’en fait c’est la finance qui commande.
C’est surtout le politique qui a décidé d’abdiquer.
Les actionnaires et autres « capitalistes » ne sont que des boucs emissaires que les lobbys politiques nous mettent en avant, alors que ceux qui font capoter le systeme, c’est eux !
et puis ce n’est pas à toi (JM ou meme moi) de dire quand des revenus sont justifiés ou non.
Si un type super malin fait 300 000 000 % de benefices, tant mieux pour lui: c’est lui qui est le plus malin.
On ne peut pas reprocher a quelqu’un son intelligence.
Pas de delit sans loi ! C’est un principe de notre droit.
Et si la personne ne fait rien d’illegal, personne n’a a dire que ce n’est pas justifié.
Si ce que fait la personne est embetant pour la société, il faut rendre ce que la personne fait illegal.
Ah un léger changement de discours dans :
« Rassurons maintenant tous les optimistes de l’euro. Oui, il y a de fortes chances pour qu’une implosion ne survienne pas. »
Une hypothèse existante depuis un moment ou une surprise pour vous ?
J’admets que cette phrase est la quasi antithese du reste.
Malgré tout, on peut longtemps pousser les gens dans la rigueur et faire comme si rien n’allait se passer.
Genre l’espagne à 25% de chomage.
Ce genre de realité risque de leur retomber sur le nez.
Peut-être plutôt un besoin impérieux de vous rassurer… avant l’implosion.
@kitetoa
L exemple de la banque centrale suisse pour expliquer que les banques centrale ne peuvent rien faire n est pas tres probant. La banque centrale suisse intervient depuis pres d un an (depuis sept je crois) pour que 1 CHF=0.8 €.
En aout on etait quasiment arrive a 1 CHF=1€
sur le fond, il est clair que la solution ne passe pas par un renflouage des banques, comme on ne peut pas remplir le tonneaux des danaides. Mais l exemple de bankia montre bien l imbrication gouvernement & politicien / banquiers (bankia etait dirige par des politiciens)
Il n’y pas que l’Espagne… Malte a annoncé des refinancements aussi (mardi je crois), la Russie prête de soussous…
Bonjour,
La crise des dettes souveraines en Europe est un vrai problème, mais qui va se résoudre avec l’harmonisation des gouvernances des pays de la zone euro, une probable modification des statuts de la BCE, et l’émission d’euro-bonds (source de cash – horizon fin 2013). La forme que prendront ces derniers n’est pas figée, et l’idée d’obligations à durée indéterminée est intéressante.
Notez bien que je parle bien des gouvernements des pays de la zone euro (exécutif – 17 pays rassemblés autour du noyau France/Allemagne), et non de l’hydre parlementaire de l’union européenne (législatif – 27 pays à égalité – surpopulation d’élus et commissaires en tous genre).
Selon LEAP ( http://www.leap2020.eu/Francais_r26.html ), la principale raison de l’omniprésence médiatique de la crise européenne est de masquer celles du Royaume Uni et des US, dont l’endettement rapporté au PIB est astronomique. La Grèce et l’Espagne réunies, à côté c’est peanuts (pas pour les grecs et les espagnols hélas).
En bref, alors que nous nous engageons sur la voie de sortie, nos voisins outre manche et outre atlantique n’en finissent pas de s’embourber dans l’immobilisme décisionnel alors même que leur économie plonge et leurs dettes augmentent chaque jour un peu plus. Lorsque l’incendie économico-médiatique qu’ils ont allumé en Europe gagnera leur côtes (automne 2012 – printemps 2013 au plus tard), préparez-vous à un joli feu d’artifice.
Détail qui a son importance : la quasi totalité des municipalités américaines sont sur-endettées et virtuellement en faillite. Hors, aux US, c’est la mairie qui dirige (et paye) les pompiers et la police.
A bon entendeur…
« autour du noyau France/Allemagne »
>>
Ce n’est pas parce que nous pensons etre important, que nous le sommes.
A quoi va servir la france ?
L’allemagne, je comprends, c’est elle qui met la main au porte-feuille. Ca signifie malgré tout lui laisser une partie de notre souveraineté, or je suis assez curieux de voir ça.
« la principale raison de l’omniprésence médiatique de la crise européenne est de masquer celles du Royaume Uni et des US »
>>
c’est bizare, personne ne semble se soucier de l’endetement du japon ou de la crise de l’immobilier en chine qui risque de pointer en chine. Vous croyez que les chinois manipulent les americains pour qu’ils manipulent les européens ?
A vous entendre on a l’impression qu’il n’y a aucun probleme (et 25% de chomage en espagne) et que les caisses de la grece debordent.
Que les communes françaises ne sont pas pour certaines endeté en Francs suisses (« oui le cours de la devise varie, MAIS EN MOYENNE, c’est pareil », c’est juste que partir du principe qu’on est au milieu et que l’evolution est sinusoidale est faux).
La these que vous tenez fait partie de ces histoires qu’on utilise pour endormir les gens.
D’ailleurs c’est tellement de l’intox des americains, que le dollar est à 1.25, alors qu’a equivalence de niveau de vie, il devrait etre à 1.15, si j’ai bien suivi. Ce qui les arrange. Comme ca arrange les allemands que l’euro baisse…
Ce n’est pas parce qu’il y a des problemes ailleurs, qu’il n’y en a pas chez nous et que c’est les autres qui les crée, sinon il suffirait de se mettre la tete dans un trou.
3 réponses à la suite c’est pas un peu beaucoup..?
Bon bref :
Nan le japon est hyper endetté mais il n’aura pas de probleme car ce sont les japonais qui detiennent 98% de la dette, il n’est donc pas vulnérable au marchés…
En chine tout le monde sait que si la croissance passe en dessous de 7% tout se casse la gueule, donc je vais te ressortir une phrase de l’article :
« Mais tout le monde fait semblant de croire que #toutvabien. Sinon, tout le monde perd tout ».
Le fait que les USA manipulent les « on dit » du marché aussi est très crédible (mais je n’ai pas de preuve) et c’est vrai que quand tout cela sera fini en europe (quelque soit la fin) il y aura un maxi retour de baton et on rigolera bien (de notre ruelle dans notre carton)
Certes la dette japonaise est détenue à 98% en interne mais on arrive au moment intéressant où la situation n’est plus tenable et où le Japon va devoir aller sur les marchés. Et la on va bien rire
« alors que nous nous engageons sur la voie de sortie, nos voisins outre manche et outre atlantique n’en finissent pas de s’embourber dans l’immobilisme décisionnel »
>> TINA !
« la quasi totalité des municipalités américaines sont sur-endettées et virtuellement en faillite. Hors, aux US, c’est la mairie qui dirige (et paye) les pompiers et la police »
>>
Ils vont decouvrir les joies de l’autogestion. SAYKOOL.
« Selon LEAP »
>>
think tank pro européen, donc ayant tendance à dire que touvabieneneurope
L’euro est une réalité économique et quotidienne pour tous les citoyens européens et qu’il faut déconnecter des problèmes ou de mauvaise gestion des états et des banques. L’euro survivra car il est désormais profondément ancré dans la société européenne.
+1
Et quel européen saint d’esprit accepterai de convertir ses euro en nouvelle monnaie nationale, qui serait probablement dévaluée de moitié le jour même de son introduction sur les marchés ?
Restons sérieux…
ceux qui n’ont pas d’economie mais à qui on demande de se serrer la ceinture ?
Laurent Joffrin est arrivé à la même conclusion que moi : le gros problème de l’Europe, c’est l’Angleterre, la City et les paradis fiscaux du Common Wealth.
http://tempsreel.nouvelobs.com/laurent-joffrin/20120621.OBS9243/fuck-cameron.html
Donc Effectivement « Fuck Cameron » ! Le manque de transparence et l’absence d’imposition à Londres ne font qu’empirer la crise. Toute tentative de réglementation de la finances sera vouée à l’échec tant qu’on n’aura pas réglé son compte à la City.
Et comme chacun sait, Laurent Joffrin est un fin analyste économique.
+1
Il devrait se faire embaucher. Par bfm tv.