Après, c’est la falaise…
Voilà une petite histoire bien personnelle qui permet de fixer l’esprit d’une époque. Depuis des années, je dépense une énergie importante pour passer mes vacances dans un endroit particulièrement reculé et proche de ce que je connaissais étant enfant. Loin de la société de consommation, loin des faux-semblants, loin du storytelling envahissant. Ce « bout du monde » est coincé entre un petit village qui est la porte d’entrée sur une plaine et une falaise plongeant dans la mer. Après… Plus rien.
Dans ce petit village, il n’y avait rien d’autre qu’une petite épicerie, deux cafés, un restaurant local et un bijoutier prétentieux (une incongruité). Ces dernières années, la « civilisation », qui a horreur du vide, a découvert l’endroit et l’investit peu à peu.
Le souci, c’est que je ne peux pas reculer beaucoup plus. Parce qu’après, c ‘est la falaise. Deux cent mètres de vide et la mer en bas. Il faudrait arrêter de me pousser. S’il vous plaît.
L’un des deux cafés du bout du monde existe depuis que je suis enfant. C’était un truc un peu roots, peuplé de hippies, de locaux désargentés. Un peu crade sur les bords, une déco immonde. Mais il offre ce sentiment qui vous envahit lorsque vous pénétrez dans les lieux : vous entrez dans une autre dimension, hors du temps.
Paris-plage
Jusqu’ici, c’était cool, la nourriture était simple et pas chère. Mais depuis quelque temps, de changements insidieux en changements insidieux, l’endroit a finalement perdu ce qui faisait son charme et son originalité. Ca a commencé par la déco avec des gadgets pour la mettre au goût du jour (les toilettes sont refaits à neuf avec tout plein de lavabos design). Puis la carte a changé avec des plats pseudo-sophistiqués qui collent mal avec l’endroit et sont hors de prix (trente euros pour un plat de pâtes, une sorte de tiramisu, un café mais sans vin, bref, le prix d’un déjeuner dans le VIIIème arrondissement de Paris). Les prix sont très éloignés de ce que les locaux peuvent débourser. Ne parlons pas des hippies installés depuis toujours dans ce petit coin de paradis et que le magret de canard chutney mangue laisse froids comme la banquise.
Que s’est–il donc passé ?
Réponse dans le sophistiqué magazine de l’office du tourisme du coin. Il y a quelques temps, le café devait fermer mais fort heureusement, une mannequin qui passait par là, a décidé, avec quelques amis, de le reprendre et d’y faire venir Ken©, Barbie© et tous leurs amis©.
Eugenia Silva, la top model barmaid, qui pose négligemment, explique au magazine :
« La situation économique dans laquelle se trouvent tant de gens me rend très triste (…) ce n’est pas parce que tout me sourit que je me désintéresse de la situation. C’est une préoccupation constante et très proche, c’est pour cela que j’entreprends, parce que je crois que c’est une des façons de lutter contre la crise. Même si c’est en perdant de l’argent, je pourrai donner un emploi à quelqu’un qui en a besoin ».
En même temps, ce n’est pas faux, à 30 euros le repas au bout du monde, il doit y avoir un peu d’argent à redistribuer pour les nécessiteux.
Mais s’il te plaît, Eugenia, pourrais-tu faire tes bonnes œuvres ailleurs et réembarquer Ken©, Barbie© et leurs copains© ?




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http://eugenia-silva.blogs.elle.es/?s=%22%27%3CrGFTV%3E%3Cscript%3Ealert%28%22XSS%20By%20@5ct34m%22%29%3C/script%3E
Les patrons sont il les meme? Si oui je demande qui est a blamer: la vilaine modeles consumeriste qui partage une bonne adresse ou le gentil hippie tellement fidele a ca clienteles qu il met tout en place pour la virer?
Et puis, ce vilain hippie, pourquoi le jugeons nous? Parce qu il a trouver un moyen de faire vivre un lieux de vie social primordial pour un villages ?
Autant je n apprecie pas forcement les gents qui veulent de l ethnique et/ou du rustique, autant je trouve cette article triste. Triste de voir quelqu un mecontent de la reussite d un lieu qu il aime.
Moi aussi j ai un lieu comme ça Perdu, plein de souvenir
(dsl mon comment est parti tout seul)
Moi aussi j ai un lieu comme ca : perdu, plein de souvenir. Pourtant a chaque fois que j y retourne je suis heureux de voir ce lieu changer, se tordre jusqu a ne plus etre reconnaissable. J en suis heureux car cela me rappelle que le temp passe et qu il me permet d avoir de nouveau souvenirs.
Faudra investir dans un parachute, parce que la « civilisation », elle recule rarement…
le pire dans l’histoire, c’est que même sans top modéle en mode recyclage, il se trouve toujours un « local » pour adhérer au canard chutney mangues …
dans mon coin reculé de cévennes ( y avait les mêmes hippies … ) le parc national est passé de son role de préservation de l’environnement à un rôle d’aménageur touristique du territoire … ( écolo le tourisme , bien sur … ) des fois je suis content d’être vieux …
En espérant que ça ne dure qu’un temps et qu’ils (elle) finissent par s’emmerder. Pas sûr ensuite de retrouver les ‘hippies’ et la saveur de ce lieu sympathique…
Je ne pense pas qu’ils finissent par s’emmerder. L’endroit est divin.
Alala Kitetoa je te pensais plus lucide…
En premier le modèle éco de notre bon système ne laisse pas de place pour la france profonde. Condamné à disparaître ou à évoluer, que c soit sous l’impulsion d’une barbie, d’un potentat local ou d’un promoteur quelconque qui verra dans ce coin un potentiel pour des amis ‘hypes’ qui iront ‘aider une pauvre région à s’en sortir’.
En second, tapes pas trop sur Eugenia Silva, est-ce qu’elle a fait quelque chose qui est en désacord avec les autochtones? Faut pas croire, toi ca te rappelait peut être ton enfance (souvenir toussa) mais l’endroit était peut être tel quel car il n’avait pas pû se transformer tout seul. Si ca s trouve les habitant , qui regardent sûrement secret story comme toute la france, sont peut être content…?
Qui sait…
A une autre échelle, Genève subit exactement le même sort. Le problème, c’est que le lac est également colonisé par les bateaux des traders, cadres supérieurs des multinationales, exilés fiscaux et stars du sport et du show-bizz international. Le coût de la vie s’adapte à leurs moyens et le crétin qui n’a pas eu la bonne idée d’avoir un salaire annuel à 6 chiffres ou une grosse fortune personnelle n’a d’autre loisir que de se sâouler la gueule dans les parcs publics ou de regarder la télévision.
On les repousse vers le canton de Vaud et vers les départements français voisins qui du coup vivent la même situation : un salaire français d’un instituteur ne permet plus de supporter le coût de la vie qui s’est adapté aux salaires suisses.
http://www.rts.ch/emissions/temps-present/politique-suisse/4082556-les-nouveaux-colons-de-l-arc-lemanique.html
http://www.lecourrier.ch/la_bulle_immobiliere_va_t_elle_faire_exploser_geneve
Ne restent que peu de lieux de loisirs dits « alternatifs » bondés car difficile de leur trouver des locaux.
La falaise existe aussi à Genève, elle est financière.
Oui mais disons que la Suisse fait tout depuis toujours pour attirer cette tranche de la population. Mon bout du monde, pas du tout.
La Suisse ne fait pas partie de l’Europe, mais elle a signé des conventions bilatérales, c’est depuis que les spéculateurs de tous bords arrivent ventre à terre dans le Canton de Genève alors qu’il n’est pas le plus intéressant fiscalement. Ce sont les extrêmes qui ont profité de ces accords : les très riches et les très pauvres mais pour ces derniers il faut une grande obstination et du courage pour vivre en Suisse.
J’aimerai que la Suisse change sa Constitution suisse et inscrive un droit au logement à la place du secret bancaire.
Ayant vu Total Recall hier, je ne peux que réagir. La société se développe pour le moment horizontalement. Elle s’étale, envahit les terres. Avez vous pensé au moment ou la société va s’étaler verticalement ?
Moi, depuis que je suis né j’ai été chaque été au Cap ferret, sauf depuis 5 ans, totalement écoeuré par la transformation du bassin, devenu un lieu pour riche(et uniquement). Et comme le coin dont tu parles c’est à cause des Obispo, Stark, Canet et Cie. Ces gens sont hyper content, ils ont éloigné les gueux, parce que on est pas du même monde quand même. Le pire c’est qu’on pourrais me dire que je n’ai pas à me plaindre : moi au moins je pouvais partir en vacances.
Mes parents ont choisi depuis cette époque la Creuse comme destination de vacance. Et là c’est l’inverse : les villages se meurent; les petits commerces ferment, les maisons deviennent desertes.
Bon, au moins, pour les gens qui aiment le vide, y’a de quoi faire.
J’ai un peu le même soucis, bien que le résultat final soit très différent, ca ressemble un peu à ton histoire.
Gamin, j’ai passé tout mes étés dans un village de montagnes dont est originaire mon père.
Ma maison n’est pas bien grande, mais on l’a depuis plusieurs générations et c’est la que sont nés mon père et tous ses frères et soeurs.
Quand j’étais gamin donc, dans ce village il y avait de la vie: deux épiceries, un café et à chaque porte de maison correspondait des vieux qui acceuillait leur descendance l’été (l’hiver les jeunes travaillaient dans des villes plus ou moins grandes et plus ou moins lointaines). Bref, village très calme l’hiver et qui fourmillait l’été.
Depuis, les vieux sont morts, les descendants ne sont pas venus passer leur retraite au village et donc du coup les maisons sont fermées, il n’y a plus rien et presque plus personne.
La seule chose qui me fasse plaisir, c’est que l’endroit n’est vraiment pas assez interessant (la plage est à plus d’une heure de route de montagne) pour que l’endroit devienne branché.
On appelait ça le progrès, il n’y a pas si longtemps. Tu trouveras peut-être, kitetoa, une consolation dans les « Tristes tropiques » de Levi-Strauss, qui annonçait le désenchantement du monde fini, en 1955, ou plutôt la fin des valeurs et des espaces où l’humanité pourrait garder sa mémoire et son mode de vie local. C’est une nostalgie qui nous traverse tous, de plus en plus.
Je crois que la nature humaine est ainsi faite, mais que les modèles sociaux que nous donnons peuvent, ou pas, contribuer à lui donner cette présence douloureuse que tu exprimes dans ton texte.
Personnellement, ce qui me choque c’est : « Même si c’est en perdant de l’argent, je pourrai donner un emploi à quelqu’un qui en a besoin ».
Depuis quand on fait la charité d’un emploi? Ca me tue, ces « patrons » qui croient faire le bien autours d’eux juste parce qu’ils ont besoin de personne pour faire les tâches dont ils ne veulent/peuvent s’occuper.
« C’est une préoccupation constante et très proche » : on dirait qu’elle vient d’ouvrir un centre humanitaire en y employant toute sa fortune… Alors qu’elle reprends simplement un bar…
Je trouve dans cet article un point de vue très « Parigo en vacances ».
Les choses changent, vivent, quand vous êtes rentrés à Paris.
Il est temps de lire Pierre Rabhi et de découvrir la sobriété heureuse (livre plus que recommandable).
Pour le monsieur, c’est par là : http://www.youtube.com/watch?v=LKIK6jGAWQE
Si j’ai bien compris, tu aurais préféré que le bar ferme ?